Malavita : Critique totalement contre

La Rédaction | 22 octobre 2013
La Rédaction | 22 octobre 2013

On a tellement pas aimé le film, que la rédac s'est fendue de deux avis négatifs. Vous me direz on a certainement mieux à faire mais quand on n'aime pas on ne compte pas...

CONTRE :

Après avoir complété sa trilogie des Minimoys pour le pire, avoir massacré la bédé de Tardi (Les Aventures « pas du tout » extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec) et s'être lancé dans la fresque engagée (The Lady), Luc Besson enchaine avec Malavita son cinquième film en... cinq ans ! De toute évidence, les envies de fin de carrière de cinéaste de l'auteur de Nikita sont derrière lui. Il faut dire que Besson a une cité du cinéma à faire tourner et qu'il faut bien lui offrir un écrin prestigieux pour attirer les productions du monde entier, plus enclines à aller vers l'est où les coûts s'avèrent bien plus attractifs. Alors, autant vraiment justifier son surnom de Hollywood sur Seine et faire de Malavita une production US comme au bon vieux temps où Scorsese et De Niro collaboraient encore ensemble.

 

 

En mode Canada Dry frelaté, Besson signe un vaudeville mafieux qui enchaîne les pires clichés possibles sur les relations franco-américaines (à côté, Michael Bay passerait presque pour un documentaliste émérite) tout en entraînant le duo vedette De Niro-Pfeiffer vers des abîmes de cabotinage. Si le grand Bob n'en est plus à un près depuis de nombreuses années, c'est plutôt rare de voir l'ex-Veuve mais pas trop de Jonathan Demme (pour citer à tout hasard un vrai exemple de comédie mafieuse géniale) en faire des caisses. Reconnaissons-lui d'ailleurs le mérite d'être la seule à s'en tirer un peu (la chance de la débutante ?) si on excepte la performance minimaliste de Tommy Lee Jones en mode « je dois une fière chandelle à Luc d'avoir produit mon Trois enterrements ». Dans une Normandie surréaliste où même le commerçant du coin pourrait donner des leçons d'anglais à nos politiques, Malavita multiplie les situations embarrassantes au sein même d'un dispositif visuel d'une rare indigence. On n'a ainsi jamais vu un film de Besson aussi mal filmé et on a tout aussi du mal à croire que c'est bien Thierry Arbogast qui s'est contenté d'une photographie aussi peu inspirée.

 

 

Avec son absence d'ambition - du postulat de départ aux divers rebondissements en passant par la caractérisation des personnages, tout est d'une insignifiance à  toute épreuve -, Malavita pourrait presque passer sous le radar d'une critique acerbe en prétextant que ce n'est qu'un « simple » divertissement du samedi soir. Sauf qu'en étant signé par l'un des hommes les plus puissants du cinéma français, il donne le la de notre production hexagonale. Et pour le coup, ça fait peur !

Laurent Pecha : 1/5

 

 

CONTRE :

On a voulu nous faire croire que Malavita sonnait le grand retour du Luc Besson des beaux jours, celui qui nous offrait Le Grand Bleu, Nikita et Léon, moins le Luc Besson-entrepreneur que le Luc Besson-réalisateur. Et nous, un peu naïfs et pas mal nostalgiques, on y croyait quand nous sommes entrés dans la salle de projection. On a vite déchanté en comprenant qu'aujourd'hui le Luc Besson-réalisateur n'est définitivement plus qu'un argument de vente du Luc Besson-entrepreneur.

 

 

Impossible de reconnaître le wonderboy des années 80 dans ce Malavita tristement adapté du roman éponyme de Tonino Benacquista. Pourtant, il avait mis toutes les chances de son côté : un sujet sympa (une famille de mafieux américains planquée dans un village de Normandie), un casting de premier choix (De Niro, Pfeiffer, Tommy Lee Jones devant la caméra, Martin Scorsese près du chéquier) et le retour de Besson au genre qui l'a consacré (le thriller). Alors quoi ? Qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? A peu près tout en fait. C'est assez impressionnant de voir autant de grands acteurs en roue libre pendant tout un film, n'ayant rien à quoi se raccrocher (mention spéciale pour Jones qui traverse le film comme un petit ange dépressif) et un réalisateur qui ne prend jamais la peine de se concentrer sur son sujet et qui préfère enchainer les saynètes façon sitcom du pauvre que de raconter une véritable histoire, au demeurant très intéressante. Si encore l'humour était de premier choix... Mais non, Besson enchaine les poncifs et les clichés graveleux sur les français et les américains avec une subtilité qu'on n'avait plus rencontrés depuis la série des Taxi. Un humour qui tombe à plat parce qu'on nous le ressort tel quel depuis près de 40 ans (au bas mot). Et tout Malavita se résume à ça : une succession de scènes comiques qui tournent en rond, cadrées façon téléfilm et interprétées par des acteurs désincarnés (à la rigueur, De Niro et Pfeiffer ont l'air de s'amuser. Ils ont bien de la chance), une histoire qui n'avance pas pendant 1h30 jusqu'à ce que le réalisateur décide de tout faire péter dans un climax efficace quoi que fatalement très mal amené et pas du tout crédible. Bref c'est long, c'est lent, c'est chiant. En plus, le cynisme de la démarche n'est même pas camouflé, nous sommes à la limite de l'insulte.

 

 

Et c'est là, en plein marasme cinéphilique, que le terrible secret du film semble se dévoiler : Malavita n'est pas un film, c'est une opération de communication de l'empire Besson. Premier film du patron à sortir de sa Cité du Cinéma, Malavita n'est pas destiné au public français. Le fait qu'il soit sorti un mois plus tôt aux USA est peut-être un indice. Il est fait pour les américains, pour les séduire et les attirer à la Cité du Cinéma pour leurs futurs projets. En prenant un genre populaire indémodable (la comédie-thriller) avec trois acteurs bankable et respectés, en s'adjoignant une co-production qui a valeur de caution morale et artistique (Scorsese), Besson montre ce qu'il est possible de faire dans ses infrastructures, dans ses studios, il établit une carte de visite pour sa boite et réalise une bande-démo de luxe. Via son humour vaseux où les français répondent à tous les clichés possibles du cinéma américain (ne manquent que le béret et la baguette) et où les américains ne sont pas épargnés (même si ça reste très gentil en comparaison), Besson montre patte blanche tout en faisant mine de garder un caractère très français, plus-value indispensable pour le démarquer de la concurrence. Peut-on vraiment lui en vouloir ? N'a-t-il pas raison, quelque part, d'attirer les américains dans ses studios alors que c'est tout le système français qui semble malade à en crever ? N'est-ce pas finalement logique qu'il en arrive là aujourd'hui ?

Besson s'est toujours posé en mogul contrarié du cinéma français, cultivant une certaine ambivalence dans son rapport à son art. Si aujourd'hui le doute n'est plus permis quant à ses intentions, on déplore quand même qu'il ait choisi un sujet pareil pour nous le démontrer, parce que, hors considérations économiques valables, on voulait aimer ce « film ».

Christophe Foltzer : 2/5

 

Résumé

C'est pas bien.

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