Critique : Lettre à Momo

Christophe Foltzer | 26 septembre 2013
Christophe Foltzer | 26 septembre 2013

12 ans, c'est le temps qu'il aura fallu attendre pour voir un nouveau film d'Hiroyuki Okiura. Depuis son exceptionnel Jin-Roh, la brigade des loups le réalisateur s'était effectivement fait très discret, enquillant les postes d'animateur-clé sur un grand nombre de productions (dont Ghost in the shell 2 : Innocence et Paprika quand même). Il revient aujourd'hui avec Lettre à Momo, un conte moderne qui, en apparence, n'entretient que peu de rapports avec son film précédent. En apparence, uniquement.

En suivant les aventures de Momo, une gamine de 11 ans qui vient s'installer à contrecœur dans la campagne familiale après la mort de son père, on pense évidemment au sublime Voyage de Chihiro d'Hayao Miyazaki, avec lequel le film entretient de nombreux points communs. Même opposition tradition/modernité, fille de la ville/peuple de la campagne, incursions du fantastique similaires, tout concourt à nous faire penser qu'Okiura a choisi la facilité en réalisant avec son premier film réellement grand public une resucée de ce qui fait le succès du Maître. Or, il n'en est rien. Car, en creusant le fond de l'histoire, on y retrouve quelques thématiques entrevues dans Jin-Roh. La culpabilité, tout d'abord, omniprésente dans le parcours psychologique de Momo qui, d'une certaine façon, prend sur elle la responsabilité de la mort de son père. Le deuil ensuite, de cette même Momo qui cherche à dépasser le traumatisme de la disparition via notamment cette lettre inachevée adressée au défunt et qu'elle n'arrive pas à écrire. A partir de là, l'irruption du fantastique et des trois esprits se fait de la façon la plus naturelle et ne perd jamais de vue sa raison d'être. Et si, au final, Lettre à Momo ressemble à du Ghibli, c'est moins sur la forme que dans le fond mélancolique concerné. Ce qui n'empêche pas le film d'Okiura d'avoir son identité propre, bien au contraire.

Formellement, le film est beau bien que certaines animations soient un peu limites. Okiura maitrise parfaitement sa direction artistique et ses personnages et parvient, tout comme dans son film précédent, à retranscrire les émotions humaines les plus subtiles comme aucun autre, pas même Miyazaki. Et puis, il ne faut pas se leurrer, depuis la disparition de Satoshi Kon, Okiura est le seul réalisateur d'animation japonais qui soit capable de recréer la sensualité naturelle des mouvements d'une femme (voir à ce sujet le traitement appliqué à la mère de Momo, notamment dans la seconde partie du film). S'il ne fallait retenir qu'un défaut, ce serait probablement son rythme moins maîtrisé. Quelques longueurs apparaissent en milieu de métrage, rien de grave, mais une légère impression de remplissage et une dilution du propos dans quelques phases comiques qui, si elles sont réussies, ne sont pas indispensables.

Il n'en reste pas moins que Lettre à Momo est un excellent film, inspiré, émouvant et efficace. S'il ne révolutionnera pas le monde de l'animation japonaise autant qu'espéré, il constitue d'excellentes retrouvailles avec Hiroyuki Okiura et on espère vraiment ne pas avoir à attendre encore 12 ans pour voir un autre de ses films.

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