Critique : Les Miller, une famille en herbe

Patrick Antona | 6 septembre 2013
Patrick Antona | 6 septembre 2013

Parmi la vague des comédies romantico-trash initiées par Judd Apatow et consorts, Les Miller, une famille en herbe se présente comme un outsider sérieux et plutôt bien emballé, adoptant la forme d'un road-trip aux accents souvent irréverencieux envers les canons de la parfaite famille américaine, et qui fait la part belle à son quatuor de comédiens parfaits dans leurs stéréotypes. Même si les rebondissements sont plutôt attendus, ainsi que la manière dont les caractères vont évoluer,  le scénario élaboré par Steve Faber et Bob Fisher (Serial Noceurs déjà) ménage quelques très bons gags et moments de délire presque scandaleux, et permet enfin à ce grand et sympathique second rôle de Jason Sudeikis d'accéder au haut de l'affiche et de prouver son talent, comme en son temps pour un certain Vince Vaughn.

Parfait dans son personnage d'imposteur, branleur et accessoirement gros dealer, embrigué dans une histoire où il se doit de faire de la grosse contrebande de marijuana avec des trafiquants mexicains, Sudeikis est à l'aise dans son rôle de grand gars qui veut se montrer insensible et âpre au gain mais qui a en fait un coeur gros comme çà. Si Jennifer Aniston est plus présente en tant que contrepoids de son partenaire masculin, balançant quelques répliques cinglantes bien senties avec un humour à deux temps qui fait son effet, et prouve (à nouveau serait-on tenté de dire) que l'actrice de 44 ans sait mettre en avant son physique plus qu'agréable, la séquence du strip-tease sous menace des truands mexicains étant un des moments comiques et sexy réussis du métrage, scène complètement gratuite et assumée, mais tellement jouissive.

Mais la véritable révelation se situe plus dans les jeunes comédiens incarnant les faux-enfants des Miller, Emma Roberts ne tombant jamais dans le piège de l'outrance girly/trash que l'on aurait pu craindre et restant sur une note plus subtile, mais surtout le britannique Will Poulter qui fait le show en parfait benêt puceau et gafffeur, rappelant sous certains côtés le Jerry Lewis des débuts, et qui gagne ici ses galons de vedette à suivre. Mais une bonne comédie outrancière ne serait rien sans sa galerie de seconds rôles dont les apparitions sont souvent matières à des gags réussis, ici avec Ed Helms en magnat de la drogue pétri de délires Jamesbondiens,  de Luis Guzman en motard bien douteux ou encore Tomer Sisley que l'on n'attendait  vraiment pas en narco-trafiquant à la belle prestance. Et Nick Offerman et Kathryn Hahnle, en couple WASP compagnons de galère des Miller, sont souvent à deux doigts de voler la vedette, distillant une forme de délire bienvenu qui redynamise l'intrigue au moment où celle-ci commençait à ronronner.

Road-movie bon enfant et qui assure parfaitement et sans prétention son statut de  comédie (presque) pour tous, Les Miller, une famille en herbe n'ébranlera certes pas les fondations de la famille américaine, la critique sociale étant toute légère, mais peut se poser comme une nouvelle redéfinition de ce qui fait le bon-vivre ensemble au pays de l'Oncle Sam. Et si l'on prend du plaisir à suivre les épreuves que ces différents éclopés de la vie seront amenés à passer, se déchirant ou faisant corps en fonction des aléas, tout en se régalant de bons éclats de rire, il réside dans la parfaite osmose de comédiens dont la veine comique est ici exploitée de belle manière et qui mériteraient bien une bonne suite pour voir comment cette famille si particulière va évoluer...

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