Critique : Chaque jour que Dieu fait

Christophe Foltzer | 4 septembre 2013
Christophe Foltzer | 4 septembre 2013

L'histoire se passe en Italie, mais elle pourrait avoir lieu n'importe où ailleurs en Occident tant elle est passe-partout : Guido et Antonia sont trop « in love » l'un de l'autre depuis 6 ans malgré leurs différences (lui est un intello qui parle comme ton grand-père et qui bosse de nuit à la réception d'un grand hôtel ; elle, une chanteuse un peu rebelle qui essaye de percer et qui bosse de jour dans une agence Europcar). Et, à présent trentenaires, ils sont bien tentés d'avoir un gamin, surtout elle, anxieuse et obsédée par son horloge biologique, et leur entourage leur met bien la pression. Sauf que voilà, ça ne sera pas si simple...

Bon, on est en terrain connu, à ce point que la structure du film est claire à l'avance : le couple uni face à l'épreuve - les personnages secondaires un peu barrés qui vont mettre leur grain de sel - les multiples tentatives qui échouent - le craquage et la rupture - l'inévitable réconciliation après la prise de conscience de l'un ou de l'autre. Le problème, c'est qu'hormis quelques éléments originaux (le japonais lubrique, le gynéco du Pape), on ne dévie jamais du chemin pré-établi et il n'y a aucune surprise, à tel point que la dernière partie en perd tout son impact, puisqu'on sait que DE TOUTE FACON, ça va s'arranger (la seule inconnue étant de savoir si la réconciliation aura lieu sous la pluie ou non).

Comme en plus les personnages sont très clichés (les voisins bourrins, la rebelle rangée, l'intello effacé, le chanteur perché....) on a du mal à croire à tout ce bel univers qui nous est présenté. Et c'est bien le problème : le monde dépeint dans Chaque jour que Dieu fait est bien trop propre et aseptisé pour convaincre. Alors qu'il aborde des sujets d'actualité qui pourraient raconter notre époque et l'Italie d'aujourd'hui (le rapport à la religion, au sexe, l'évolution de la notion de la famille dans la société italienne, le bordel économique ambiant), le réalisateur fait le choix de survoler toutes ces thématiques pour n'en retenir que les éléments les plus safe afin de construire une bluette, de qualité honorable certes, mais terriblement inoffensive et artificielle. A tel point qu'on termine le film sans vraiment savoir ce qu'il faut en penser. Plus grave encore, on ne sait pas ce que le réalisateur a voulu nous dire avec cette histoire.

Pourtant, le métrage est globalement de bonne qualité. La mise en scène, très formelle et scolaire, tient la route, les comédiens sont bons et le film est plutôt bien écrit. Malheureusement, l'autre gros handicap est qu'on ne croit pas au couple principal. Si on achète l'idée sur le papier, leurs différences sont tellement appuyées tout au long de l'histoire qu'on a du mal à croire qu'il a pu rester aussi soudé pendant 6 ans et que, pour prendre un exemple parmi tant d'autres, Antonia n'a jamais parlé de son ex à Guido. En résulte un film bancal, pas désagréable (quoi qu'un peu chiant), pas exceptionnel non plus, sans réelle saveur ni identité. Il aurait pu être fait n'importe où et par n'importe qui, et c'est bien son défaut principal.

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