Critique : Jobs

Sandy Gillet | 21 août 2013
Sandy Gillet | 21 août 2013

Précédé d'un buzz qui s'est largement éventé par la suite, JOBS sort  en France dans l'indifférence quasi générale. Et d'ailleurs, peu aidé par sa date de sortie estivale et le beau temps parisien, les retours chiffrés de la séance de 14h sont déjà catastrophiques (718 entrées sur 20 copies). Pourtant, ce biopic sur les vingt ans qui ont vu la création d'Apple, l'éviction de son co-fondateur et de son retour par la grande porte en 1996 avait tout pour symboliser triomphalement l'époque cinématographique que nous vivons actuellement. Celle de la revanche des « nerds » et autres « geeks » qui ont littéralement pris le pouvoir de notre quotidien technologico-culturel. Steve Jobs en étant bien entendu le géniteur archétypal et générationnel. À l'arrivée, le premier film (distribué dans les salles françaises) de Joshua Michael Stern n'a rien du testament iconique et définitif que l'angle marketing du projet laissait entendre. Nous n'étions pas dupes de toute façon. Heureusement au demeurant puisqu'ainsi JOBS peut s'apprécier pour ce qu'il est : un morceau de vie ordinaire d'une personnalité extraordinaire.

On est d'ailleurs très loin des envolées lyriques à la Social Network. Là où Fincher martelait son film de rebondissements en forme de virages à 180° dans sa grammaire visuelle et sa narration, Stern s'emploie à ne jamais perdre son sujet de vue et encore moins son incipit quitte à ce que l'hagiographie attendue se transforme en quelque chose de moins policée voire quelque peu frondeuse. L'intérêt réside alors non plus dans la démarche miroir d'Ashton Kutcher (au sens littéral et symbolique du terme) à vouloir incarner le rôle titre mais dans sa manière à rendre compte de l'homme. Il s'appuie pour cela sur un script manifestement inexact (selon Steve Wozniak, co-fondateur d'Apple) qui lui permet toutefois d'explorer les failles, les aspérités et les scories d'une personnalité somme toute peu encline à l'idolâtrie dont il fait encore plus l'objet depuis sa mort. Mais que l'on ne s'y trompe pas, elles permettent aussi de mettre en valeur un parcours qui n'avait rien de bien cinégénique (compliqué de filmer des gars dans un garage en train de souder des microcomposants) pour au final obtenir l'effet escompté : l'homme en décalage sur son temps a finit par en devenir l'icône héroïque.

En cela JOBS s'acquitte promptement de sa tâche. Mais en cela seulement. Car au-delà, le film n'évite pas l'écueil d'une certaine platitude propre à tout biopic doublée d'une réalisation malheureusement en pilotage automatique. Les plus érudits / fans du personnage pourront même y trouver le temps long d'autant que les 128 minutes au compteur n'arrangeront pas les choses. D'autres pourront aussi attendre l'autre film sur Steve Jobs actuellement en développement adapté de la biographie de Walter Isaacson et écrit par Aaron Sorkin où l'on retrouve Steve Wozniak en tant que consultant (surprenant ?). Il serait toutefois dommage de passer à côté de cette énième tentative cinématographique à reprendre sans cesse le fil d'une histoire américaine en manque cruel aujourd'hui de repères et de figures novatrices, pour ne pas dire fondatrices. La légende ne s'imprime pas encore totalement sous nos yeux, mais elle est en bonne voie.

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