The Bay : Critique

Geoffrey Crété | 17 juin 2013
Geoffrey Crété | 17 juin 2013

Il y a quinze ans, Barry Levinson, Oscar du meilleur réalisateur pour Rain Man à la fin des années 80, s'essayait pour la première fois au cinéma de genre avec Sphère, une odyssée sous-marine post-Abyss très sous-estimée, sur une équipe de scientifiques confrontée à une forme de vie extra-terrestre abstraite et quelques histoires de voyage temporel. Avec Dustin Hoffman, Sharon Stone, Samuel L. Jackson et 80 millions de dollars, le réalisateur entrait dans la deuxième phase de sa carrière hollywoodienne, célébrée par une hécatombe critique et un échec en salles. Mais après dix ans d'absence dans nos salles, le cinéaste de 71 ans opère un retour en force avec The Bay, un pur film d'horreur sous forme de huis-clos entre terre et mer, version found footage d'un cauchemar de rêve entre Les Dents de la mer et Alien.

RE-FOUND FOOTAGE

Bien malin sera celui qui parviendra à renouveler le found footage movie. Car depuis le traumatisme Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato et le très malin Projet Blair Witch de Myrick et Sánchez, le cinéma de genre se vautre dans une complaisance de plus en plus misérable. Au mieux, il offre un Cloverfield ou un Chronicle qui compense une démarche filmique boiteuse par une explosion spectaculaire. Au pire, il s'accroche à un phénomène-franchise comme Paranormal Activity, superbe cas de léthargie cinématographique.

Sur ce terrain miné, la première force de Barry Levinson est de ne chercher ni la surenchère ni la complication. Armé d'un savoir-faire remarquable, il raconte tel un démiurge comment un 4 juillet tourne au cataclysme viral lorsque la petite ville de Chesapeake Bay est assaillie par un parasite morbide, devenu ultra-destructeur à cause de déchets toxiques relâchés dans la baie locale. La formule est brute, directe, sans fioritures ni temps morts, mais animée par un vrai élan horrifique et un solide sous-texte écolo-conspirationniste.

 

 

...PARASITES & CRUSTACÉS

L'autre intelligence de Levinson est de se débarrasser du pire parasite du genre : les mauvais personnages. Théoriquement centré sur une journaliste en herbe incarnée par l'inconnue Kether Donohue, qui relate son expérience de survivante face caméra, The Bay oublie bien vite le concept de héros pour s'intéresser uniquement au cauchemar. Hormis la curieuse irruption d'un jeune couple avec un bébé dans la deuxième partie, le film bénéficie d'une absence quasi-totale d'effets scénaristiques pompeux - amourettes, sauvetage insensé et autres mauvais pathos. Le réalisateur fait preuve au contraire d'une perversité réjouissante quand il filme une Miss Crustacé bien amochée au milieu des poubelles, ou lorsqu'il trucide deux ados en rut sans leur laisser la moindre chance de survie. L'heure n'est pas au cœur mais à la chair et au sang.

 

 

Equipé d'une vingtaine de supports numériques (téléphone portable, caméra amateur, vidéo-surveillance, journaliste) solidement ancrés dans l'histoire, Levinson filme le cauchemar avec une distance redoutable. En ça, The Bay rappelle la mécanique implacable de Soderbergh dans Contagion, où rien ni personne n'avait la garantie d'en réchapper, avec une dose similaire d'accusations politico-économiques - Barry Levinson a d'abord pensé tourner un documentaire sur la baie en question, et clame que 80% des faits sont scientifiquement prouvés.

Seul hic : la fin, trop raisonnable pour catalyser la dimension cauchemardesque des événements, et pliée bien trop vite après une bonne heure de panique. Là encore, Barry Levinson a eu l'adresse de ne pas sombrer dans le mauvais épilogue de série B, où une larve est transportée dans le bassin de la Maison Blanche en vue d'une suite épique. Néanmoins, une petite dose de folie aurait parachevé avec brio son retour au premier plan, par la plus belle des portes de service.

 

 

 

Résumé

Modeste mais réjouissant petit cauchemar, qui résiste à un certain nombre d'écueils du genre, The Bay mérite un coup d'oeil, ne serait-ce que pour son climat d'apocalypse bien sale.

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