Gatsby le magnifique : Critique pour ou contre

La Rédaction | 15 mai 2013
La Rédaction | 15 mai 2013
POUR
 
Remettons les choses bien en place d'entrée de jeu : tout le cinéma de Baz Luhrmann depuis plus de vingt ans s'articule autour d'un thème bien précis : les histoires d'amour impossibles entre deux êtres issus de milieux différents, de familles rivales... Par conséquent ce n'est pas tant la toile de fond historico-sociale qui intéresse le cinéaste australien en adaptant le roman culte de F. Scott Fitzgerald que l'histoire d'amour entre Gatsby et Daisy.
 

Cette même histoire, à priori et là encore impossible (elle, fortunée de naissance et mariée depuis cinq ans, lui, arriviste, devenu l'une des plus grosses fortunes du pays), qui n'était qu'un prétexte chez Fitzgerald pour dresser la vision prémonitoire de cette haute société new-yorkaise / américaine de l'entre-deux guerre passe désormais à l'arrière-plan pour laisser place à la passion entre les deux amants maudits. Dès lors, l'histoire d'amour, frigide quand elle n'était pas tout simplement ellipsée sur le papier mais aussi dans l'adaptation de Clayton avec le couple Redford - Farrow, se retrouve pleinement consommée (au sens propre) et dramatisée (l'accident final est désormais bel et bien visible), associée à quelques petits traits d'humour là encore absents à l'écrit et dans le long-métrage de 1974.

 

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Tout ceci est, comme toujours avec Baz Luhrmann, filmé avec tout le dynamisme visuel et musical et dans une 3D remarquable, l'une des meilleures que l'on ait vue depuis Avatar ; de ce mariage formel du son et de l'image qui constitue la « marque de fabrique » du réalisateur et qui scinde clairement en deux clans les cinéphiles. D'un côté, ceux qui exècrent pareille esbroufe formelle tout en considérant son cinéma comme hautement superficiel et de l'autre, ceux qui y adhèrent et, tout en écoutant en boucle les B.O. de ses films (tel votre humble serviteur alors qu'il rédige ces lignes, NDR), se laissent transporter par ces love story pleines d'émotions, de joies, de cris et de larmes qui se terminent toujours (très) mal.

 

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Avec son cinquième long-métrage, Baz Luhrmann nous livre une nouvelle romance aussi haute en couleurs et en numéros musicaux qu'en dramaturgie et en passion amoureuse mais qui, in fine, ne changera pas la scission existante entre adorateurs et détracteurs de son cinéma, de celle qui existe depuis sa précédente adaptation d'un « classique » : le détonnant Roméo + Juliette - ses trois autres films n'étant pas, au sens littéral du terme, des « adaptations » mais des idées « originales ». Et si à l'époque, Baz Luhrmann s'était déjà attiré l'ire des « shakespeariens », il s'attirera cette fois-ci et à n'en pas douter les foudres de ceux qui considèrent le roman de Fitzgerald comme un chef d'œuvre.

 
Stéphane Argentin : 3,5/5
 
 

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CONTRE
 

Le chef-d'œuvre littéraire et pan à lui tout seul de la littérature yankee du début du XXème siècle attendra encore sa transposition cinématographique digne de ce nom. Il faut avouer de toute façon que l'on n'attendait pas grand-chose de la version de Baz Luhrmann tant on voyait mal comment un livre sur l'indicible, l'ineffable, l'ennui et in fine sur la radiographie d'une société en apesanteur et en pleine mutation pouvait trouver sa pleine mesure sous la caméra d'un cinéaste plus habitué aux effets de manche visuels dénués de sens et de profondeur. Un cinéma toc et chic qui épate la galerie par sa propension à accentuer et à surligner une mise en scène tout juste foutraque. À sa décharge toutefois, Luhrmann cherche moins ici à proposer sa version du livre de Francis Scott Fitzgerald qu'une énième exposition de son thème de prédilection : l'amour impossible sur fond de « lutte de classes » ou sclérose sociale.

 

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Dès les premiers plans, The Great Gasby annonce en effet la couleur : panoramiques numériques sur un New York d'avant la prohibition commentées par la voix off envahissante de Nick Carraway (l'alter ego de Fitzgerald et Tobey Maguire à l'écran), zooms outranciers et racoleurs, bande son à l'avenant si ce n'est les plages musicales, savants mélanges entre sonorités modernes et d'époque, comme toujours aux petits oignons avec Baz (achat de la BO indispensable). On est aussi surpris de constater que le cinéaste a (enfin) abandonné (définitivement ?) son découpage frénétique qui sur Australia aurait finalement été bien utile pour donner un peu de peps à un ensemble ronflant et qui s'accorde très bien ici à cette volonté quasi didactique de toujours poser les choses : l'intrigue, les personnages, le temps et les lieux. Tout en devient vite empesé, sans vie, sans enjeux, sans empathie. Luhrmann vidant en même temps de sa substantielle moelle un livre prophétique sur les États-Unis de l'après-guerre entre cynisme et mirage oublié du nouveau monde.  

 

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Difficile dès lors de se raccrocher aux branches jusqu'à l'interprétation en demi-teinte. Di Caprio semble avoir du mal à ne plus cabotiner. Son Gatsby est une sorte de clone du déjà peu inspiré Calvin Candie, le négrier dans Django Unchained. Tobey Maguire traine un spleen à des années lumières de ce que son personnage est censé amener au récit entre double lecture et témoin démiurge mais tout aussi détestable que le reste du bestiaire. Carey Mulligan peine quant à elle à faire passer le dilemme de sa position et n'inspire aucun rejet quant à sa lâcheté endémique de sa classe. Seul surnage Joel Edgerton, le Tom Buchanan cocufié mais aussi volage qui malgré les scories ampoulées de la mise en scène parvient à faire passer le message que le grand gagnant dans tout cela c'est bien lui et surtout pas le spectateur.

 
Sandy Gillet : 1,5/5 
 

Résumé

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