L'Écume des jours : Critique

Sandy Gillet | 19 avril 2013
Sandy Gillet | 19 avril 2013

Parmi les films les plus attendus de l'année, L'écume des jours aurait très bien pu faire l'ouverture du 66ème Festival de Cannes en lieu et place du Baz Lhurmann tant au final les deux métrages adaptent chacun un roman emblématique et que d'autre part les deux cinéastes ont un univers « féérique » bien identifié propre à cette politique des auteurs à grand spectacle dont Thierry Frémaux semble se délecter. Car chez Gondry on trace sa route sans se retourner enrichissant chaque année ou presque une filmographie qui commence à avoir une sacrée gueule et dont le point fort est d'être bien souvent à l'origine de projets forts et ambitieux. Même un film comme The Green Hornet dont on sait qu'il n'avait que très peu la main, demeure saillant au détour de tel ou tel plan dont on devine la patte du cinéaste. Et puis à revoir La Science des rêves ou bien L'épine dans le cœur, c'est tout naturellement que l'on se dit que Gondry était sans conteste l'homme de la situation pour donner une filiation visuelle au texte surréaliste de Boris Vian. De ce bouquin réputé inadaptable devenu un classique de notre littérature d'après guerre qui fut le premier à briser les codes du roman établis par les monstres que furent Zola, Balzac ou Victor Hugo.  

 

 

De cette traditionnelle histoire d'amour où l'on perd l'être aimé, Vian en a donné une structure de conte bardée de jeux de mots et de vocabulaire inventé, de situations bien réelles qui deviennent dans la même phrase complètement loufoques, de personnages décrits avec beaucoup de minutie auxquels on peut s'identifier mais qui basculent dans le merveilleux et la fantaisie sans crier gare. De tout cela Gondry se l'est accaparé avec gourmandise reportant ici très précisément un décor clé comme l'appartement de Colin joué par un Romain Duris visiblement à son affaire ou s'en éloignant avec tact comme lors du voyage dans le nuage où Paris ressemble à un maelstrom d'images puisées dans les souvenirs du cinéaste. Et puis chaque plan réserve son lot de surprises et d'inventivité. Usant d'effets spéciaux mécaniques plus que numériques, Gondry s'éclate à nous balancer toutes ses trouvailles avec une ardeur jamais démentie. La première heure est à ce titre un feu d'artifice visuel, une pyrotechnie de couleurs acidulées et de sons jamais entendus qui portent le film vers des contrées peu ou pas explorées jusqu'ici.

 

 

C'est ensuite que cela se gâte un peu. Quand l'histoire somme toute classique comme on l'a dit, prend le pas sur le reste. Ce que Vian avait su désamorcer jusqu'au bout, Gondry n'y arrive alors plus qu'à moitié. On se rend compte alors que les personnages si exactement identifiés dans le livre, n'ont que peu de relief à l'écran. L'histoire d'amour en devient un peu fade. En cause une Audrey Tautou qui semble un peu dépassée voire par moments perdue par la fougue inépuisable de la mise en scène. Celle-ci ayant alors et paradoxalement du mal à nous impliquer plus que cela dans un final magnifiquement photographié en noir & blanc mais quelque peu désincarné, sans âme. Comme si Gondry n'avait pas su terminer son film. Comme s'il n'avait pas voulu le terminer, trop triste à l'idée que cela soit déjà fini. On se surprendra même à avoir plus d'empathie et de plaisir à suivre l'histoire secondaire de Chick, grand adepte de Jean-Sol Partre (inutile de vous faire un dessin) et de sa belle Alise que Gad Elmaleh et Aïssa Maïga ont voulu plus détaché, plus délétère et donc plus en phase avec l'idée que l'on s'en faisait à la lecture du roman. Grandeur et décadence d'un film obéissant malgré tout aux contingences d'une narration établie depuis toujours à laquelle Gondry n'a pas voulu complètement s'affranchir. À la différence de Boris Vian.

 

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