Critique : Les Croods

Perrine Quennesson | 8 avril 2013
Perrine Quennesson | 8 avril 2013

Dreamworks avait frappé un grand coup en 2010 en sortant Dragon, un fantastique film d'animation mêlant avec intelligence de superbes graphismes, une mise en scène incroyable et un humour décapant. En 2012, le studio confirmait qu'il était toujours bien inspiré avec l'excellent Les 5 légendes et s'imposait comme l'un des principaux concurrents d'un Pixar qui avait toutes les raisons de se méfier.

Avec Les Croods, Pixar doit désormais trembler car Dreamworks enfonce brillamment le clou. Dans ce long-métrage animé, on suit une famille préhistorique terrorisée par le monde qui l'entoure où tout n'est que danger. Les mots « nouveauté » ou « curiosité » y sont proscrits, synonymes de mort. Mais quand leur monde s'écroule suite à un mouvement de plaques tectoniques un peu trop important, ils sont obligés de se lancer vers l'inconnu, d'aller vers cet extérieur qu'ils craignaient tant.

Les Croods possède 4 grands atouts qui en font, si ce n'est le film de l'année, une véritable réussite. A priori destiné aux enfants, le long-métrage n'en est pas pour autant dénué de sous-couches. En effet, ces personnages cloisonnés dans une caverne sombre, n'ayant qu'une perception biaisée (par le danger) du dehors, ne sont pas sans rappeler le mythe de la caverne de Platon. Dans ce texte tiré de La République, Platon expose une allégorie  où il met en scène des hommes enfermés dans une grotte, tournant le dos à la réalité, persuadés de la connaître alors qu'ils n'ont qu'une projection de cette dernière. Confrontés à celle-ci, la question est de savoir s'ils pourront la croire, s'ils seront prêts à l'accepter, tout comme nos protagonistes incapables d'aller au-delà de leurs certitudes acquises par des années d'obscurantisme volontaire.

Mais ce n'est pas parce qu'on s'aventure sur le terrain de la philosophie que l'humour n'est pas au rendez-vous. Au contraire, Les Croods manie le second degré et le comique de situation avec un sens du rythme extraordinaire. D'ailleurs, celui-ci est souvent ponctué par une sorte de « jingle » chanté et mimé par un paresseux instantanément culte. Cet aspect burlesque, véritablement euphorisant, est aussi accentué par un désir de transgression réjouissant. Les Croods n'a ainsi pas peur d'aller explorer des contrées thématiques bien éloignées, a priori, d'un dessin animé destiné à un jeune public. L'un des personnages, notamment, n'a pour seule motivation, pour aller de l'avant, que de tuer un autre personnage. Un schéma d'autant plus (d)étonnant qu'on parle ici d'un des héros de cette aventure rocambolesque. Cerise sur le gâteau, le film possède une animation fluide et immersive signée par le scénariste de Dragon, Chris Sanders. Il parvient à manier avec justesse la vitesse et le spectacle tout en créant un bestiaire et un univers des plus délirants.

Précis, Les Croods manipule avec une dextérité impressionnante et un sens impeccable du timing, l'émotion et la drôlerie, le fond et la forme. Les Pierrafeu ont plus que du souci à se faire.

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(4.5)

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