Critique : 7 Secondes en enfer

Francis Moury | 28 mars 2013
Francis Moury | 28 mars 2013

Plastiquement, l'un des sommets du western américain du XXe siècle : l'équilibre est atteint entre classicisme et baroque. Il se reflète dans la partition de Goldsmith qui est conçue comme une gigantesque boucle reliant le premier gunfight au dernier.

Thématiquement, le scénario documentaire et réaliste de Anhalt - " those are the facts as they happened " prévient le générique d'ouverture - insère d'emblée un traitement dialectique, l'histoire d'une lutte hégélienne pour la reconnaissance vouée en apparence  à l'échec (du point de vue de la société civile) mais réussie (du point de vue de l'oeuvre d'art qui les restitue tels qu'ils se voulurent).

Les deux-scènes clés des deux procès sont les deux enclencheurs déterminants de l'action "post-Ok Corral" :  ni le clan Earp ni le clan Clanton ne considèrent avoir obtenu réparation juste. Ils n'ont qu'un déni de justice ironiquement symbolisé par un "levez-vous !" identique après que le marteau du juge se soit abattu en pure perte. Le fait que l'un des deux clans bénéficie d'une étoile est ouvertement présenté comme une simple contingence : l'administration judiciaire, sa paperasse, ses délais, ses obligations n'existent que pour être niées ou surmontées in fine par un nouvel affrontement définitif. Cette marche vers le duel final, cette montée vers le face-à-face final est la négation de son délais (l'ensemble du film entre les deux gunfights, constitué comme une suite de délais, d'interpositions, de biais retardant l'issue) donne au rythme du film son tempo : une épreuve initiatique (le duel Ok Corral du début) ouvrant un chemin d'épreuves annexes jusqu'à la résolution finale par la mort (le duel Clanton Corral de la fin) clôturant non seulement l'action mais le sens total de la vie des intervenants. Clanton (et les hommes qu'il juge digne de lui : ceux prêts à mourir) et Earp (et les hommes qu'il juge dignes de lui : ceux prêts à mourir) sont donc, en profondeur, identifiés l'un à l'autre et considérés comme supérieurs à tous les autres  en raison de leur volonté et de leur fermeté : alors que le temps et les lois et les moeurs changent autour d'eux, ces deux-là ne changent pas.

 Le médiateur est le personnage-personnalité historique de Hollyday qui fut d'abord hors-la-loi puis adjoint : le dialogue lui fait dire qu'il veut goûter, savourer l'effet d'avoir été d'un côté et d'être à présent de l'autre. Il incarne tout du long une distance, un regard égal sur Earp et Clanton : il est le seul les regardant identiquement.

Filmographiquement, Sturges qui avait filmé la version classique Réglement de comptes à Ok Corral une dizaine d'années plus tôt, adhère en profondeur à l'idée de 7 secondes en enfer qui est de boucler aussi une boucle filmographique : filmer les deux volets, les deux visages temporels (l'avant et l'après) d'une action historique fondatrice des USA. Le faisant il la restitue selon la vision d'Anhalt, vision inexorablement critique puisque dialectique : le sens s'éveille, se développe, prend fin. Il réussit à aller au bout de sa logique mais en vidant les individus de leur substance : la mort est au bout, condition sine qua non de la vérité de leur propre vie, et de leur propre mort.

Pessimiste, documenté, viril, ultra-violent : 7 secondes en enfer est un des trois meilleurs westerns de Sturges, un des trois qui allie à la fois classicisme et modernisme, intelligence et action avec une telle profondeur. Les deux autres étant Le Dernier train de Gun Hill et Chino Valdez.

 

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