Critique : Les Coquillettes

Melissa Blanco | 22 mars 2013
Melissa Blanco | 22 mars 2013

On a beau écrire des comptes-rendus, prendre d'innombrables photos pour immortaliser l'événement, difficile de se rendre réellement compte de ce qu'est un festival de cinéma quand on ne l'a pas vécu de l'intérieur: cette boulimie cinéphilique qui s'empare de nous jusqu'à s'en faire péter la rétine, l'excitation permanente, les plans foireux à répétition et cette sensation si singulière de vivre dans une bulle, loin de la réalité du monde et ses préoccupations. Et si la plupart des festivaliers auront tendance à taire au retour leurs aventures honteuses - ce qui se passe durant un festival, reste au festival -, la cinéaste Sophie Letourneur en fait au contraire le sujet de son deuxième long-métrage.

L'idée première de la réalisatrice, c'est celle du flashback. Pendant que les pâtes cuisent, trois copines se remémorent le temps d'une soirée leurs souvenirs au festival de Locarno. Alors qu'elles rejouent oralement leur séjour, leurs paroles deviennent voix-off et se mêlent à des images, infirmant parfois le discours des demoiselles. À la manière de son précédent moyen-métrage Le marin masqué, Sophie Letourneur s'amuse ainsi de nouveau à déconstruire image et son, se servant du concept du souvenir pour mieux modeler une réalité fatalement altérée. Et le film, entièrement post-synchronisé, de donner une impression d'irréalité constante, caractéristique en l'occurrence d'un festival de cinéma.

Puisque ce type d'événement culturel est déjà en soit un lieu de chimères, Sophie Letourneur puise dans la réalité pour mieux garnir sa fiction. Transformant les personnes réelles sur place en personnages de film. Ainsi, Camille Genaud, une de ses productrices, sera Camille, Carole Le Page, sa monteuse, jouera Carole, Sophie Letourneur incarnera son propre rôle tandis que les festivaliers, ici des critiques de cinéma, interpréteront les seconds rôles. Si on pouvait craindre par ce processus un côté nombriliste - la grande famille du cinéma qui se regarde filmer -, Les coquillettes jouit au contraire d'un recul et d'un second degré salvateurs, loin de L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder.

Film sur les filles par une fille, Les coquillettes impose un ton, un rythme et une liberté de parole réjouissants, rappelant le cinéma de Jacques Rozier. C'est qu'on piaille, on braille, on boit, on bouffe, on baise, souvent mal, dans le film de Sophie Letourneur pour un spectacle jamais glamour mais toujours drôle. C'est parce qu'elle sait se moquer d'elle-même et de la futilité que peut avoir un groupe de filles ensemble - comme dans La vie au ranch, le film joue à la fois sur la vacuité des conversations et l'idée d'un brouhaha permanent -, que les Coquillettes est une oeuvre singulière et désopilante. Plus les filles sont nouilles, plus elles sont tordantes. 

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