Critique : Pour l'amour du jeu

Perrine Quennesson | 15 mars 2013
Perrine Quennesson | 15 mars 2013

Premier gros budget de Sam Raimi après les incursions hollywoodiennes qu'était Mort ou vif et Un plan simple, Pour l'amour du jeu est sûrement le plus éloigné de l'univers du réalisateur d'Evil Dead.

Ici, il s'intéresse à un triangle amoureux composé de Billy Chapel (Kevin Costner), Jane Aubrey (Kelly Preston) et du baseball. Au début du film, c'est un peu le pire jour de la vie de Billy : il apprend que son équipe a été vendue et que sa petite amie le quitte pour partir à Londres. Le soir même, il va jouer son dernier match en tant que lanceur.

Mais alors que chaque balle compte, Chapel va, entre chaque lancé, revoir la chronologie de son histoire avec Jane et mettre le doigt sur ce qui n'a pas marché.

Pour l'amour du jeu est clairement une bluette mais son originalité se place dans le fait que l'élément perturbateur de la bonne tenue de la relation est un concept (un sport) plutôt qu'une personne. Si la fin n'en est pas moins prévisible, elle apporte au film une autre dimension. Une dimension qui semble ne pouvoir prendre toute son ampleur que chez les spécialistes du baseball. Car tout au long de la partie, qu'il essaye de faire parfaite pour finir en beauté sa carrière, mais aussi inconsciemment pour impressionner sa belle, Billy se remémore les moments cruciaux de sa relation et il semble que ceux-ci sont liés à des temps du match. Les non-initiés comprendront l'essence de ce lien sans jamais en percevoir totalement la teneur. Mais cela n'enlève rien à la puissance de ces allers et retours notamment grâce à la mise en scène de Sam Raimi. Son utilisation du son et des gros plans y est particulièrement intelligente pour définir, par exemple, le personnage de Costner qui se voit comme un héros solitaire presqu'incompris, seul sur son monticule, isolé de l'amour, maitre de ce sport, ce qu'il tend à montrer dans ce dernier match. Les parties mettant en scène l'histoire d'amour (50% du film) sont, elles, un peu plus classiques voire attendues, à l'exception de la séquence où Billy se tranche la main en coupant du bois pour Jane. Cette même main avec laquelle il joue. C'est le début du crépuscule de leur relation mais aussi de sa carrière. C'est aussi ici, qu'il fait comprendre à Jane, qu'il préfère sa batte à elle quand de l'hélicoptère qui l'emmène, il lui fait signe de rester sur le tarmac et d'appeler son entraineur car c'est la personne la plus importante de sa vie à l'heure actuelle, dit-il. Alors que l'appareil décolle, on peut voir Jane, seule, pétrifiée et isolée au milieu d'une piste vide : le cœur brisé.

Enfin la thématique de l'homme partagé entre deux passions (une de chair et de sang et l'autre plus théorique), au risque d'en blesser une pour l'autre, est ici au cœur du film. Elle est, par conséquent, surdéveloppée et presque peu subtile mais elle sera l'un des motifs des ses Spider-man à venir quand Peter Parker se retrouve déchiré entre son rôle de super-héros et son amour pour Mary-Jane.

Sûrement pas le meilleur film de Sam Raimi, surtout pour les fans de la première heure, Pour l'amour du jeu n'en reste pas moins une romance agréable qui remplit avec justesse son quota d'émotions tout en filmant avec brio, ce sport si complexe mais si populaire qu'est le baseball.

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