Critique : Sparkle

Jérémy Ponthieux | 18 février 2013
Jérémy Ponthieux | 18 février 2013

Être critique de cinéma ne signifie pas forcément faire la moue devant la première accolade familiale ou le moindre élan musical. Parfois, des long-métrages que tout désignait comme mièvres, bon enfant voir fabriqués à gros traits parviennent à atteindre ce petit cœur emmuré par les décryptages cinématographiques et les visionnages blasés. Prenez Sparkle par exemple. Remake d'un long-métrage réputé pour son côté soap-opéra, vendu dans la mouvance d'un "cinéma afro-américain" souvent porté sur les bons sentiments et les réconciliations familiales, sorti directement en DVD dans notre pays, le film partait sur des bases peu enclines à séduire son audience, qui s'était déjà enfilée avec souffrance une comédie musicale voisine (Dreamgirls en l'occurrence).

Sauf qu'à l'inverse de son friqué de cousin, Sparkle est un film droit dans ses bottes. C'est même sa plus grande qualité, de laquelle il tire toute son énergie et toute son enthousiasme communicatif. Affichant dès l'ouverture un goût prononcé pour le drama qui éclabousse, Salim Akil ne ment pas à son spectateur et lui apporte avec une totale franchise ce qu'il supposait pouvoir attendre du projet. Qu'est-ce ? Une époque dépeinte par des séquences musicales soul en diable, un des personnages qui connaît une dramatique addiction à la coke et un mari machiavélique (c'est peu de le dire), une maman castratrice qui finit par faire son mea-culpa, des historiettes d'amour toute mimi plein-plein,... Truffé de ces envolées musicales qui sur-signifie l'émotion de la scène, Sparkle trouve dans son jusqu'au-boutisme un rythme accrocheur, mais surtout atteint un réel niveau d'efficience dans sa dramaturgie, pour peu que l'on accepte la simplicité de sa structure.

A côté de cela, le film bénéficie d'une mise en scène solide, qui use d'élégants travellings ou d'amples plans de grue avec une parcimonie qui est tout à son honneur. Mieux photographié que les autres films du même genre, Sparkle se montre aussi convaincant grâce à l'interprétation de ses actrices/acteurs, dont une Whitney Houston toute en retenue, faisant d'un personnage construit sur de successifs poncifs un attachant portrait de mère Ubu. On pourrait presque saluer la tenue générale du projet, si le long-métrage ne péchait pas par ce qu'il lui donne sa saveur, à savoir une propension démesurée à ne livrer que de l'attendu. Particulièrement vérifiée par une dernière demi-heure gentillette à souhait, cette difficulté à donner du relief à ses personnages ou à son univers fait régulièrement grincer des dents, tout comme on ne peut que laisser éclater un sourire moqueur devant ces échanges dialogués qui vire à l'automatisme sentimental. Pire, le talent tout relatif des figurants et une reconstitution approximative des années 60 donnent un cachet quelque peu amateur au projet, faiblesse qui s'avère dommageable au regard des qualités intrinsèques du reste. Des points noirs qui font de Sparkle un film pas désagréable, mais pas foncièrement réussi non plus. Franchement, on a vu pire.

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