Critique : Dabangg 2

Marjolaine Gout | 13 février 2013
Marjolaine Gout | 13 février 2013

Simple exuvie de Dabangg ? Que nenni ! Ce numéro bis des aventures de Chulbul Pandey se révèle aussi tonitruant que l'original. L'officier de police, au modus operandi de Robin des bois et aux capacités surhumaines, nous revient plus fringuant que jamais pour dépecer du politique corrompu et de la graine de malfrats. Chulbul (Salman Khan), rebaptisé dans cette suite et pour l'occasion d'un bon mot « Kung Fu Panday », a pris du muscle et ses déplacements plantigrades ou ses atterrissages en  vol plané font désormais tressauter la croûte terrestre de notre chère planète ! Fils spirituel de Thémis, il rétablit la justice, la loi et l'équité via un récital de douilles, de baffes et de poings sonnants et trébuchants ! Nouveauté, ici, les os chantent de leur doux craquement sous sa paluche. C'est que ce mi-dieu mi-brute éparpille façon puzzle le squelette de ses adversaires ! Dabangg 2ème du nom reprend ainsi la formule de l'original : une forte dose d'action et de comédie, au charme contagieux et au tempo haletant ! Un masala décérébré au combien efficace et divertissant !

Abhinav, le petit frère d'Anurag Kashyap (Gangs of Wasseypur) a préféré tirer sa révérence lorsque qu'on lui a proposé de réaliser la suite de son opus : Dabangg. Au final, c'est le cadet, de Salman Khan, Arbaaz Khan, tête pensante à l'initiative des deux films, qui endosse ce rôle. Une première pour cet acteur producteur qui transforme l'essai en un succès ! Le Dabangg d'Abhinav Kashyap se présentait comme un divertissement « naphtaliné » en rendant hommage aux seventies. Ce retour aux sources, marqué par la présence de concepts primitifs tels que la femme soumise, le macho invétéré, une politique corrompue et une mère sacralisée, incarnait la clef du succès de ce film manichéen. Dans la veine de Sholay et des westerns curry déjantés, Dabangg parodiait ainsi  un pan du cinéma via un scénario truffé des codes d'antan du 7ème art indien.

Arbaaz répète les ingrédients ayant fait la réussite du premier opus : un savant mélange d'humour irrévérencieux et de scènes d'action « cartoonesques » compensant les maladresses et les vides scénaristiques. Car il est indéniable que le scénario dû être sacrifié sur l'autel de l'action ! Néanmoins,  grâce à une mise en scène soignée, des ralentis en cascade et des chorégraphies des échauffourées, où les personnages ricochent sur les murs à l'instar de galets à la surface de l'eau, Arbaaz crée un univers stylisé défiant la gravité et rendant chèvre Newton ! Une surprise visuelle et au combien porteuse de comique !

L'autre trouvaille de ce film se matérialise avec le jeu de correspondance entre le premier et le deuxième Dabangg. On retrouve ainsi un dialogue interne et incessant se référant au film originel. De nombreux échos, dans la mise en scène, attestent donc de cette démarche. La première scène d'action est ainsi le miroir d'une séquence phare du 1. De même, une actrice indienne dont il est fait allusion dans un numéro musical de Dabangg effectue ici une apparition surprise. Il est à noter  que suivant cette approche le duo de compositeurs Sajid-Wajid a recyclé les morceaux de Dabangg. Ce long-métrage a ainsi des allures d'auto parodie ! Auto parodie, certes, mais Dabangg 2 se propose aussi, comme toute suite aboutie, en une relecture du film d'origine. Ainsi, bien que l'esthétique s'en écarte, la structure narrative reste identique.

D'autre part, la gradation de la violence et le comique résultant de son traitement reste un des atouts majeurs de Dabangg 2. L'humour embrase ainsi le récit pour le meilleur et pour le pire. Dommage qu'un scribe de génie manque à l'appel pour tirer ce masala, parfois pataud, de sa gaucherie et de son absence de finesse. Il est d'autant plus fâcheux de constater que l'arborescence de la famille du scénariste de renom Salim Khan soit surreprésentée à l'écran et au générique et que celui-ci n'ait point œuvré de sa plume sur cette œuvre familiale[1] !

C'est un fait inéluctable, Dabangg 2 aura le don de vous épousseter  de quelques neurones encombrants ! Mais bien que les failles scénaristiques et un humour parfois douteux puissent rebuter, il émane de ce film une folie contagieuse et destructrice à la fois désopilante et salvatrice. Certes, Salman Khan est la fevicol[2] qui tient ce film mais la créativité des acrobaties et leur enchaînement vous scotcheront! Un film à voir en dilettante et surtout en omettant point de mettre en veilleuse votre cerveau !


[1] Sa belle-fille, Malaika Arora (Connue notamment pour son numéro de danse Chaiyya Chaiyya dans Dil Se (1998) de Mani Ratnam)  interprète les item-girls, ses fils, Salman et Arbaaz jouent à ses côtés tandis que leur sœur, Alvira Agnihotri Khan, s'occupe d'habiller tout ce petit monde.

[2] Marque d'une colle indienne et nom d'une chanson du film intitulée Fevicol Se

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