Critique : Anna Karenine

Melissa Blanco | 5 décembre 2012
Melissa Blanco | 5 décembre 2012

Après deux incursions dans le monde contemporain (Le Soliste, Hanna), le cinéaste Joe Wright revient à ses premiers amours: l'adaptation littéraire et le film en costumes. Après Jane Austen et Ian McEwan, il s'attaque au classique de Tolstoï, Anna Karenine, et offre à son égérie Keira Knightley le rôle éponyme. C'est donc en terrains connus (et conquis ?) que l'on découvre cette adaptation attendue... l'idéal alors pour Joe Wright d'aller là où l'on ne l'attend pas forcément. Dans la grande tradition des héroïnes bafouées, Anna Karenine se pose là. Compagne d'un haut fonctionnaire du gouvernement russe, Anna vit une existence paisible, sans passion, entre son mari et son fils. Jusqu'au jour où elle croise le chemin d'un jeune officier de cavalerie. Et la belle d'y voir là sa chance ultime de découvrir le sentiment amoureux. Entre le coeur et la raison, Anna s'oublie alors dans les bras du beau Vronski, oubliant par la même ses obligations conjugales.

Si le cinéaste britannique magnifiait les destins d'Elizabeth dans Orgueil et préjugés et de Cécilia dans Reviens-moi, il n'hésite pas, au contraire, à faire l'inverse avec Anna. Petite pièce d'un puzzle plus vaste, la jeune femme est d'abord désarmante, par sa tristesse et sa détresse, puis devient peu à peu un personnage antipathique, comme si Joe Wright souhaitait souligner la banalité de sa situation. Au fond, elle n'est qu'une femme parmi d'autres, qu'un personnage au milieu d'une scène surchargée, au coeur d'une histoire plus grande. Donnant à son destin une dimension à la fois tragique et pathétique dont le final expéditif viendra en renforcer l'effet.

Si l'on connait la folie des grandeurs de Joe Wright en ce qui concerne la mise en scène, Anna Karenine ne déroge pas à la règle. L'action du film se situe presque entièrement dans un théâtre dont le cinéaste investit aussi bien la scène que l'orchestre. Ici, on change les décors à vue, on passe d'un lieu à un autre en soulevant une toile, du théâtre à la nature en poussant une porte. Réalité et théâtralité se mêlent, comme symbole même de la représentation d'une société russe du XIXème siècle où chacun se doit de jouer un rôle. Entre les bals costumés et les courses épiques, tout n'est qu'un jeu, reste alors à Anna de suivre la danse. Mais comment pourrait-elle faire semblant alors que l'amour la rend particulièrement vulnérable ? Et alors qu'en coulisses, la rumeur se répand, la jeune femme va peu à peu s'attirer les foudres de la société, rejetant cette femme infidèle ne respectant pas les conventions.

Magnifiquement mise en scène, le film est à la fois une expérience sensorielle et visuelle à travers laquelle le cinéaste réussit à retranscrire une sorte d'« âme russe ». Il y a évidement la mise en avant du théâtre et de la musique, si cher au pays, mais aussi par une forme d'exubérance et d'outrance qui rappellent à certains égards Moulin Rouge. Comme dans l'oeuvre de Baz Lurhmann, le film est un ballet, une danse des sentiments parfaitement chorégraphiée. S'il déconcerte parfois - dans son traitement du personnage -, Anna Karenine est une proposition de cinéma culottée comme on en voit rarement à l'écran. Laissez-vous charmer par le folklore russe !

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