Critique : Le Masque du démon

Patrick Antona | 19 novembre 2009
Patrick Antona | 19 novembre 2009

Lorsqu'en 1960 déboule Le Masque du Démon sur les écrans, la surprise est d'autant plus grande que le film se pare d'un Noir & Blanc classique et somptueux alors que la vogue est alors au Technicolor et que le film d'origine italienne s'inscrit délibérément dans la mouvance de l'horreur gothique, pré carré dominé alors la mythique Hammer. Le succès est au rendez-vous, public et critique, son réalisateur Mario Bava sera consacré dès sa première réalisation officielle comme un des Maîtres de l'Horreur, et le cinéma transalpin allait générer dans la décennie des sixties plusieurs chefs d'œuvre du genre, dont la grande majorité s'appuyait sur la personnalité de l'actrice révélée dans Le Masque du Démon, la britannique Barbara Steele, qui restera pour nombre de cinéphiles la première vraie Reine de l'Horreur.

En 1959, Mario Bava, directeur photo et concepteur d'effets visuels de grande renommée, se voit confier le bouclage de La Bataille de Marathon, laissé inachevé par son réalisateur Jacques Tourneur. Coutumier du fait (il avait déjà œuvré de la sorte sur Les Vampires et Caltiki, le monstre immortel de Riccardo Freda), il emballe le tout dans les temps et sauve  les affaires de la compagnie Galatea qui le remercie en lui offrant la réalisation et toute la liberté sur Le Masque du Démon. S'inspirant d'une nouvelle fantastique de l'écrivain Gogol, Vii (qui sera adapté à nouveau en 1967 et 2009), Mario Bava développe un scénario qui verse nettement dans le morbide et la nécrophilie, sans négliger la violence. C'est lui aussi qui opte pour un Noir & Blanc esthétisant et somptueux qui met en valeur tout le visuel malsain et claustrophobe du film. Il renoue ainsi avec un visuel digne des classiques de la Universal, avec ses cryptes envahies de toiles d'araignées et ses caveaux en ruine, mais les dépasse par une forme de romantisme macabre et une forte propension au sadisme, le tout servi par une mise en scène nerveuse et inspirée. Mario Bava innove aussi au niveau de l'illustration du mythe vampirique : le non-vivant devient ici une frêle et belle jeune femme, suppliciée par la pose d'un masque de fer et mise au bûcher un siècle plus tôt, et qui revient hanter sa descendante pour lui voler son identité, assistée par son amant, lui aussi revenu à la vie. Et ce n'est pas un pieu dans le cœur qui en vient à bout cette fois-ci mais directement dans l'œil gauche !

Allant encore plus loin dans le gore que ses homologues américains et anglais, Bava met la barre très haut dès la séquence générique qui voit le sang couler à flots une fois les piques enfoncées dans le visage de la Princesse Asa, et n'hésite pas à montrer par la suite corps décomposés et les cages thoraciques explosées, ces « excès » de violence graphique vaudront d'ailleurs au film d'être banni par la censure de plusieurs pays, en Grande-Bretagne par exemple. Mais le côté envoûtant et morbide du Masque du Démon ne serait rien sans l'interprétation inoubliable de Barbara Steele, dans le double-rôle de Asa la maléfique et la pure Katia. Véritable coup de génie du réalisateur qui, après l'avoir remarquée dans d'obscures productions anglaises, comprend que son étrange beauté conviendrait le mieux au baroque de son entreprise et à pouvoir assurer la dualité de son rôle, ainsi que la dose d'érotisme indispensable.

Le succès est immédiat, en Europe mais aussi USA où il est diffusé sous le titre « Black Sunday », assurant à Mario Bava un début de carrière fracassant qui le verra s'épanouir à nouveau dans l'horreur (Les Trois Visages de la Peur, Opération Peur)  mais aussi le péplum (Hercule contre les Vampires) et par la suite dans le giallo (6 Femmes pour l'Assassin, La Baie Sanglante). Bombardée égérie du cinéma gothique, Barbara Steele enchaînera une série d'œuvres marquantes comme L'Effroyable secret du Dr. Hichcock, Danse Macabre, Les Amants d'Outre-tombe ou La Sorcière Sanglante où ses grands yeux noirs et son côté sulfureux font merveille, mais l'actrice commencera à souffrir d'une certaine lassitude du genre et arrêtera les rôles de femmes possédées et autres succubes avec une ultime production anglaise, La Maison Ensorcelée en 1968. Même si elle s'est longtemps laissée dire que son film préféré est de Federico Fellini, Barbara Steele restera à jamais pour ces nombreux fans la vénéneuse princesse vampire du Masque du Démon.

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