Argo : Critique

Sandy Gillet | 6 novembre 2012 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Sandy Gillet | 6 novembre 2012 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Argo raconte l'histoire de six fonctionnaires américains qui arrivèrent à se réfugier dans la résidence de l'ambassadeur canadien après la prise de leur ambassade à Téhéran le 4 novembre 1979 par plusieurs centaines d'étudiants islamiques qui firent 56 otages. En faisant croire à des repérages pour un film de science-fiction dans la veine de La guerre des étoiles, la CIA, en coopération avec le Canada et Hollywood, va alors monter une opération des plus ubuesques sur le papier afin d'exfiltrer leur six diplomates encore en « libertés ». On n'a pas de mal à saisir ce qui a motivé Ben Affleck à s'intéresser à ce récit connu historiquement sous l'appellation Canadian Caper (Subterfuge canadien en français) et « déclassifié » par l'administration Clinton depuis 1997. Le réalisateur de Gone baby gone et The Town n'a en effet jamais caché ses obédiences « Démocrate » à tendance George Clooney (qui produit au demeurant le film). Pour autant Argo est une réelle surprise car on n'attendait pas l'acteur sur un tel registre et à pareille fête cinématographique.

C'est que de prime abord Argo fait plus penser à une sorte de suite logique des Marches du pouvoir où Clooney justement nous jetait en pâture certains aspects peu reluisants de la politique américaine. C'est que là encore nous sommes dans les arcanes de la démocratie made in US dont on savoure la description sans concessions. À ceci près que Ben Affleck n'érige pas son film comme un dogme du bien pensant politique qui ne souffre d'aucune critique (ou alors vous n'êtes qu'un plouc « redneck »).

Si Argo distille bien quelques vérités, il n'en oublie pas en effet qu'il est d'abord un film avec ses raccourcis et ses compromis dont le seul but est de river le spectateur à son siège. On a donc droit tout à la fois à une satire sur l'envers des décors hollywoodiens de l'époque, à un thriller avec tous les ingrédients indispensables dont un suspense final au cordeau et à un pamphlet politique qui met dos à dos une partie de l'administration démocrate de l'époque et la CIA qui tout bien considéré ne sort une nouvelle fois pas grandie de l'aventure.

 

photo, Ben Affleck

 

Se servant surtout de ce qu'il a appris derrière la caméra de ses deux premiers films, Affleck distille une mise en scène inspirée où chaque plan a son efficacité propre tout en relayant une idée précise de cinéma qui prend instantanément tout son sens. La caméra peut être à l'épaule pour plus de liberté, montée sur grue et associée à des mouvements d'une amplitude sans excès, nerveuse à hauteur d'hommes, fixe au téléobjectif pour accentuer le côté anxiogène d'une visite obligée du bazar de Téhéran...

Et puis il y a cette mixité poreuse qui sur le papier aurait pu paraître suicidaire entre la comédie limite burlesque pour tout ce qui a attrait aux séquences hollywoodiennes et le sérieux d'une entreprise visant à sauver la vie de six personnes. Le pire c'est que cela marche. On passe du rire au serrage de fesses d'une scène à l'autre sans autre ressenti que l'impression d'assister à un film foutrement couillu. Et puis il y a John Goodman et son personnage de producteur de films Z dont on se demandait bien ce qu'il était advenu depuis Panic à Florida beach. Un début de réponse ici : maquilleur prothésiste et a obtenu un Oscar pour son travail sur la série de films La planète des singes.   

 

photo, Alan Arkin, John Goodman

 

Et puis lors du générique de fin, Argo a cette délicatesse historique de donner la parole en voix off à l'ex-président des États-Unis, Jimmy Carter. Le seul qui avec Bush père ne fut pas réélu à la plus haute fonction de son pays depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Et pour cause, son mandat fut associé par les observateurs de l'époque à une politique étrangère inexistante ou, dans le meilleur des cas, indigne de la première puissance du globe là où Nixon, malgré le scandale du Watergate et la débâcle vietnamienne, représentait encore le parangon d'un certain ordre mondial. La crise des otages iraniens aura été la goutte d'eau politique de trop, lui qui ne pu divulguer à l'époque les détails de la réussite d'une opération dont l'entier crédit fut attribué aux seuls canadiens.

Quand on sait de surcroît qu'un certain Ronald Reagan avait négocié avec des proches de Khomeiny (lui promettant entre autre, s'il était réélu, le dégel des avoirs bancaires iraniens aux États-Unis et des ventes d'arme) pour faire retarder la libération des cinquante autres otages afin qu'elle intervienne par miracle au moment de son investiture officielle, on se dit que ne serait-ce que pour cela, Argo est un film indispensable.

 

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