Critique : The Lords of Salem

Aude Boutillon | 13 octobre 2012
Aude Boutillon | 13 octobre 2012

Il avait électrisé les fans, interrogé les néophytes, et réinsufflé de l'espoir chez les déçus, qui n'avaient su trouver leur compte dans une relecture très personnelle de la mythologie de Michael Myers. Le teaser de Lords of Salem, projet incroyablement fantasmé, avait fait naître l'attente d'un nouveau monument du cinéma d'horreur contemporain, après la consécration instantanée de Devil's Rejects comme référence cinématographique générationnelle. En définitive, le dernier méfait de Rob Zombie ne créera assurément pas le même consensus, tant son auteur s'acquitte de toute espèce de formalité narrative et artistique, pour livrer un objet atmosphérique, menaçant et inclassable. En ce sens, Lords of Salem est certainement le film le plus édifiant et personnel de Rob Zombie, en ce qu'il finit d'entériner la personnalité iconoclaste de l'artiste chevelu, n'en déplaise aux perdus, qui souffriront sans nul doute d'une absence de repères confondante.

Heidi Hawthorne (Sheri Moon Zombie), animatrice de radio dans la ville de Salem, au côté de Ken Foree (aussi discret que remarquable) et Jeff Daniel Philips, se voit remettre un étrange vinyle aux sonorités inquiétantes, dont la diffusion sur les ondes semble produire un effet particulier sur les femmes. Tandis qu'Heidi voit les frontières de la réalité s'effriter, et que l'irréel semble faire irruption dans son quotidien, un concert mystérieux se prépare entre les murs de la ville rendue célèbre pour avoir sacrifié moultes jeunes innocentes, et mis à mort de redoutables sorcières... La trame, reposant clairement sur les blondes épaules de Sheri Moon Zombie, avait de quoi inquiéter les plus allergiques à l'épouse du cinéaste. Or, force est de constater que l'actrice, loin de la minauderie cabotine qui avait caractérisé ses apparitions jusqu'à présent, livre dans Lords of Salem une performance tout à fait louable, en s'acquittant avec sobriété d'une tâche délicate -la retranscription de la folie. Rob Zombie donnera toutefois raison aux craintes inhérentes à une déification poussée (poussive ?) de sa bien-aimée, qui trouve son équilibre dans la justesse de  la partition de cette dernière, entourée pour l'occasion d'un casting résolument réjouissant (Sid Haig, Patricia Quinn, Meg Foster, Dee Wallace).

Si Lords of Salem décontenancera sans doute plus d'un spectateur, l'univers onirique et poisseux qui le constitue n'est pas sans rappeler les séquences fantasmagoriques d'Halloween 2, empreintes d'un surréalisme à l'esthétique extrêmement travaillée. L'atmosphère est de fait l'atout majeur du film, dont la platitude relative du scénario (malheureusement à des lieues de l'ambition de la mise en scène) est contrebalancée par une direction artistique cohérente et relativement singulière, soulignée par la musique pesante et hypnotique de John 5. On ne pourra alors que regretter que le contenu même des visions horrifiques et hallucinatoires du film ne se montre pas à la hauteur de la menace continue distillée par cette atmosphère sourde, tant les créatures qui les peuplent se montrent tantôt anecdotiques (comme on aurait souhaité ces sorcières terrifiantes !), tantôt saugrenues, lorsqu'elles ne flirtent pas simplement avec un kitsch désopilant. Y compris dans ses travers, Lords of Salem reste toutefois fidèle à son essence, et intègre avec son propos, en assumant sa sombre folie jusqu'à son terme, en particulier dès l'instant où Rob Zombie plongera dans le trou du lapin blanc, embarquant à son bord un spectateur dont l'effort d'immersion sera défié jusqu'à l'épuisement. Les ténèbres constituent effectivement la substance de Lords of Salem, fable satanique lugubre et pesante, tout juste éclairée par une romance sacrifiée dans l'œuf, et liant Heidi à son collège (reproduction parfaite de Rob Zombie). Ce dernier délaisse en conséquence l'humour acide et la tonalité acerbe qui avaient fait le sel de ses deux premiers succès, pour lorgner davantage du côté d'une horreur stylisée et atmosphérique à la Ken Russell ou Roman Polanski. On ne s'étonnera dès lors pas de voir dans les personnages des trois étranges voisines un rappel à leurs congénaires de Rosemary's Baby, le danger cette fois distillé dans une loufoquerie intrigante.

Lords of Salem divisera, et agrègera les railleries autant qu'il fascinera... les deux réactions n'étant pas nécessairement incompatibles. Une impulsion sauvage, biscornue, parfois boiteuse, mais en tous points singulière, dont la tonalité dissonante et hypnotique résonne encore longtemps après la projection, telle une démangeaison latente et inconfortable.

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