Dans la maison : critique intrusion

Melissa Blanco | 4 avril 2017
Melissa Blanco | 4 avril 2017

On connaît le goût de François Ozon pour passer, d'un film à un autre, d'un genre à son contraire. Après une Potiche savoureusement old school, le cinéaste polygraphe retrouve un univers plutôt familier, explorant dans la veine de Swimming Pool le rapport dominant-dominé. 

Claude n'a que 16 ans et un don certain pour le drame et l'écriture. Obsédé par la notion de « normalité », le jeune homme se met en tête d'explorer les dessous de la famille d'un camarade de classe. Que se cache t-il derrière les murs un peu trop blancs de son pavillon de banlieue avec jardin ? Et le garçon alors de relater ses découvertes dans des rédactions destinées à son professeur de français, entrainant avec lui l'enseignant dont la curiosité et l'avidité risqueraient bien de causer la perte.

 

 

Adapté de la pièce Le garçon du dernier rang du dramaturge espagnol Juan Mayorga, François Ozon revendique la théâtralité de son matériel original. Comme si, tout d'un coup, il suffisait d'abattre une simple cloison pour faire d'une maison une scène de théâtre dont le monde extérieur serait désormais le spectateur. Si le dispositif n'est pas neuf, le rejeton d'Hitchcock ne semble pour autant pas s'en cacher. Sauf que que Claude lui n'est pas immobilisé et invite, à l'inverse de James Stewart dans Fenêtre sur cour, les spectateurs à visiter les lieux du crime. Le cinéaste lorgnant alors vers le Théorème de Pier Paolo Pasolini, filmant les conséquences de cette intrusion d'un corps étranger au sein d'un foyer ordonné.

 

 

C'est pourtant moins les répercussions sur cette famille lambda que sur celle du professeur qui intéresse François Ozon. Si Claude souhaite assouvir ses désirs, il a surtout envie d'une audience, faisant de Germain à la fois la victime et le moteur de ce jeu délicieusement malsain. Le cinéaste retranscrit ainsi à l'écran les visions fantasmées des lectures de cet enseignant aigri, dont l'intérêt et la curiosité poussent toujours un peu plus l'élève dans sa démarche. Mais jusqu'où ? Quelle est la limite ?

 

Résumé

Puisant aussi bien du côté de l'univers de Brian de Palma que de Rainer W. Fassbinder, le cinéaste livre un film à la réjouissante perversité où il est difficile de savoir qui est le bourreau et la victime. A moins que tout cela ne soit finalement l'unique responsabilité du spectateur-voyeur, bien trop intéressé par la suite des événements. François Ozon à son meilleur.

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commentaires
Dirty Harry
04/04/2018 à 22:35

Un des excellents films français un peu méta, très joueur avec le spectateur, jubilatoire et très bien écrit. Je n'aurais plus la meme sensation devant l'odeur si particulière des femmes de la classe moyenne...

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