Critique : Wrong

Nicolas Thys | 26 août 2012
Nicolas Thys | 26 août 2012

Difficile de faire plus film d'auteur que Wrong. Quentin Dupieux, cinéaste des précédents Steak et Rubber l'a écrit, réalisé, monté, cadré, il en a cosigné la musique et la maison de production s'était occupée de son précédent film. Et tant mieux car si aujourd'hui quelqu'un pouvait imposer un style aussi baroque et extrême d'un bout à l'autre d'un film c'est bien lui. On pourrait le décrire comme l'héritier de Buñuel, c'est vrai mais ce ne sera même pas tout à fait exact : il a son propre univers sobre et bariolé où fleurissent les expérimentations visuelles et formelles tout en possédant une épure incroyable.

Chacun des personnages a sa propre folie, à la fois banale et monstrueuse qui le rend unique dans une ville qu'on croirait dirigée par des fous fantômes. De l'homme qui ne veut pas prendre conscience qu'il aime courir à celui qui écrit un livre sur les méthodes de télépathie homme/chien, du flic idiot aux personnes qui bossent dans un bureau où il pleut tout le temps, du protagoniste qui revient au travail même après avoir été licencié à la fille qui ne cherche pas à comprendre pourquoi son amant d'un soir a physiquement changé le lendemain. Le tout autour d'un palmier devenu sapin. Et pourtant leur monde semble tourner normalement. Les personnages qu'il porte interagissent comme si tout était plus ou moins logique et ils deviennent finalement cohérents et complémentaires dans leur étrangeté.

Reste que dans le côté totalement surréaliste mélancolique et désorienté, on n'avait rien vu d'aussi réussi depuis Chansons du deuxième étage de Roy Andersson. Et le grand n'importe quoi tient parfaitement la route. Le film n'est pas choral, mais presque. Les acteurs vont et viennent autour du héros qui cherche son chien. Rien d'autre. Mais c'est bien suffisant car bien plus que cette quête de l'animal, c'est l'exposition de ces êtres détraqués qui compte. On les retrouve d'ailleurs tous à un moment où à un autre sans trop savoir pourquoi ni comment mais tout fonctionne comme par magie.

Et rien n'aurait sûrement collé aussi bien si Dupieux n'était pas entièrement maître de son puzzle. Il maitrise le non-sens et il lui apporte un rythme et un espace dans lequel il se meut. Il aurait pu appeler ce film Conte de la folie ordinaire. Wrong colle tout aussi bien. C'est un mot court qui dit tout et laisse planer une petite part de mystère. Le film fait de même !

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