Critique : Voyage vers Agartha

Nicolas Thys | 11 août 2012
Nicolas Thys | 11 août 2012

De retour après 5 ans d'absence et un 5 centimètres par seconde d'une justesse et d'une poésie indéniables, qui a fait dire à beaucoup qu'il était l'un des espoirs de l'animation nippone, Makoto Shinkai passe du côté des mythes et légendes universels et il change de genre. Mais, même si on ne peut nier que ce Voyage à Agartha est plaisant à regarder avec quelques séquences d'anthologie, il est loin d'être aussi réussi que ses précédents films. Peut-être que le romantisme du cinéaste ne s'accorde t-il pas assez au faste épique qu'il cherche ici à déployer. Agartha pêche par son histoire. Si le résumé est intéressant, l'ensemble est trop incohérent. A force de chercher à plaire à tous en collant ensemble des mythes issus des cultures du monde entier, du Japon à la Grèce antique ou à l'Amérique précolombienne, il finit par devenir fourre tout et se perdre.

En outre, il faudra expliquer cette tendance à prendre comme protagoniste une jeune fille solitaire (Asuna) ayant perdu son père et qui va être confrontée à des problèmes qui oscillent entre quotidien et merveilleux. En un an à peine, on aura vu surgir La Colline aux coquelicots, A letter to Momo et Les Enfants loups, tous trois bien plus réussis. Asuna donc, se réfugie dans l'écoute radiophonique avant de découvrir un monstre, deux frères et un passage vers un monde interdit qui n'est pas une fois encore sans rappeler d'autres films auxquels celui-ci n'arrive pas à la cheville. Avec son côté écolo prégnant, les prémisses d'une romance, des larmes terribles et des créatures infernales étranges, tout concourt à rappeler un Voyage de Chihiro bas de gamme. Shinkai, sous l'influence globale de Ghibli, dans les couleurs, les lignes, les décors, les monstres, perd sa patte personnelle. Et ce qui aurait pu faire figure d'hommage ne l'est pas, l'animation étant trop superficielle et le réalisateur peinant à travailler sur cette notion de deuil, censée être au cœur du film et qui se fond dans une myriade d'histoires et de scènes d'action.

Le problème du réalisateur est également de s'être trop concentré sur ces scènes d'action qui se veulent incroyables au détriment du reste. Il a oublié que chez Ghibli et les autres, ce qui fait leur force, c'est qu'en dehors de ces quelques séquences extraordinaires qui peuplent régulièrement leurs films, l'animation est extrêmement soignée et travaillée et qu'il ne s'agit pas de simples moments de pause où on peut se relâcher. Ici, les mouvements des personnages sont souvent maladroits, les sauts notamment, les courses de cheval et les décors un peu trop statiques. On navigue entre le somptueux cinématographiques et l'animation de séries TV. Mieux aurait valu une simplicité radicale mais entièrement maîtrisée de bout en bout comme c'était le cas dans les œuvres précédentes de Shinkai. De plus, alors que les thématiques sont suffisamment lourdes et demandent un traitement adéquat, la violence générale détonne avec le propos originel. Le sang qui coule à flot était-il vraiment nécessaire ? Le cinéaste cherche parfois à choquer et la grandiloquence de l'animation se perd davantage encore dans ce genre de scènes.

Mais, le principal problème du film réside dans son scénario. Malgré certains passage tortueux, Agartha ne nous perd pas, il nous laisse perplexe. Quand un film ne masque pas ses incohérences, qu'elles sautent aux yeux et se multiplient et qu'on en sort avec plus de questions que de réponses, on peut apprécier l'ensemble, la frustration reste. Quelques exemples simples : Qui était le père de l'héroïne et comment a t-il fait pour se procurer le cristal venu d'Agartha qu'il a offert à sa fille ? Qui est vraiment Shun, pourquoi a t-il quitté Agartha et pourquoi s'est-il suicidé ? Pourquoi les Yi, qui ne cherchent qu'à dévorer l'héroïne au sang impur, la kidnappent et l'amènent auprès d'une autre fillette au lieu de la gober tout de suite ?

Et que dire du final, paresseusement inclus dans un générique qui évite de devoir animer une dizaine de minutes supplémentaires et nécessaires. Il est étrange de voir Asuna revenir chez elle comme si de rien n'était tandis que les deux autres personnages principaux disparaissent de l'écran sans une explication sur leur devenir complètement incertain. Ne reste finalement que l'ébauche du film promis, de l'œuvre qu'on aurait aimée voir et qui aurait méritée un traitement bien plus approfondi tant dans l'animation que dans son scénario. Malgré de beaux passages, l'ensemble est décevant.

Résumé

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