Total Recall : mémoires programmées - critique déprogrammée

Simon Riaux | 6 septembre 2020 - MAJ : 15/09/2020 10:05
Simon Riaux | 6 septembre 2020 - MAJ : 15/09/2020 10:05

On ne s'attardera pas sur la légitimité de ce remake du tonitruant Total Recall de Paul Verhoeven, tout simplement inexistante et consubstantielle à l'actuelle vague de relectures des œuvres emblématiques des années 80. Quant aux nombreux lecteurs de Philip K. Dick, ils en seront pour leurs frais, en dépit des intentions proférées initialement, la version de Len Wiseman n'est pas plus fidèle au texte original que la précédente version. Ceci étant dit, que vaut ce Total Recall : Mémoires programmées ?

REKALL 80s

Après Die Hard 4, il y avait sérieusement de quoi se demander si le metteur en scène des deux premiers volets de franchise Underworld comprenait grand chose au cinéma d'action. Suite au visionnage de son dernier effort on serait même tenté de dire que c'est carrément le septième art qui lui passe au-dessus de la tête. Rappelez-vous cette séquence invraisemblable où John McLane (Bruce Willis) se retrouvait aux prises avec un avion de chasse... Le réalisateur y faisait montre de son incompréhension des mécanismes de l'action : la menace avait beau être létale et surpuissante, elle ne parvenait pas même à égratigner le héros avant de s'autodétruire, sans l'intervention de Willis, réduit au rang de spectateur, seulement invité à effectuer une glissade sur la carlingue rutilante de l'engin.

La même dynamique est ici à l'œuvre : Wiseman se fait fort de maximiser toutes les séquences potentiellement spectaculaires, mais ne prend jamais le temps de bâtir la moindre tension. Douglas Quaid a beau multiplier les exploits, sauter de toits en toits, survivre à une improbable poursuite type Cinquième élément mâtinée de Minority Report, on ne le sent jamais menacé un seul instant, malgré les sourcils vigoureusement froncés d'un Colin Farrell dans les roses.

 

Photo Colin FarrellPromenade de santé

 

La faute à un univers qui semble régi par des incohérences à tous les étages et une bêtise extrême. En effet, il est bien difficile de croire à un futur post-apocalyptique ou une humanité soit disant en manque d'espace vital peut permettre à un ouvrier de vivre dans un loft de cinquante mètres carré (un tantinet crasseux il est vrai). Si l'on pourra encore éviter le fou rire en découvrant le métro géant dont la particularité est de passer à travers le noyau en fusion de notre belle planète, il sera bien difficile de réprimer notre hilarité quand le scénario nous révèle que pour survivre dans les zones contaminées par un lointain conflit global, un simple masque à gaz suffit.

Dans le monde de Total Recall, on peut traverser la Terre de part en part en moins d'un quart d'heure, mais on n'est pas foutus de se protéger d'une atmosphère toxique... ce qui soit dit en passant était un ressort dramatique essentiel du film de Verhoeven.

 

Photo Colin FarrellToujours une promenade de santé

 

TOTAL BAD

Tout en clamant vouloir trancher avec la vision du film original, Wiseman et ses scénaristes ont littéralement calqué la structure de leur version sur la précédente, et la comparaison est irrémédiablement en leur défaveur. Les aventures Martiennes de Schwarzenegger restèrent dans les mémoire pour leur déviance totale, ce blockbuster (le plus couteux produit l'année de sa sortie) affichait une violence délirante, des maquillages aussi réussis que répugnants, des décors audacieux, bref, se faisait fort de tordre tous les codes et passages obligés des grosses productions hollywoodiennes. Total Recall : mémoires programmées suit une logique inverse, et fait tout pour que son concept par essence subversif rentre dans les cases du divertissement familial et puritain.

 

Photo Kate BeckinsaleLa seule raison d'y croire

 

N'espérez pas voir gicler une goutte de sang, oubliez la perspective d'entrapercevoir la moindre scène de sexe inaugurale entre Doug et sa (pas si) douce. Quant aux ambigüités inhérentes aux notions de rêves et de manipulation, elles sont passées à la moulinette du bigger and louder. Là où Verhoeven mettait son héros face à sa « femme » et à un prétendu docteur venu lui expliquer qu'il fantasmait sa rébellion et qu'il était toujours sanglé chez Recall, Wiseman ajoute une armada de soldats surarmés, et rend instantanément caduque l'idée qui se niche derrière cette séquence. Que les plus fétichistes se rassurent néanmoins, les triple boobs mutants sont bel et bien là, le temps d'un plan beaucoup trop fugace et désormais tout à fait hors sujet.

 

Affiche officielle

Résumé

Au final, le Total Recall cuvée 2012 n'est pas seulement un remake inutile, il est aussi le thermomètre de l'entertainment hollywoodien, bien plus coincé et frileux en ce début de XXIème siècle qu'au crépuscule du précédent. Ne serait-ce la hargne sauvage et délicieusement sexy de Kate Beckinsale, on serait presque tenté par l'aventure Rekall, tant le visionnage du bousin laisse un souvenir amère, qu'il nous tarde d'effacer de nos mémoires.

Autre avis Geoffrey Crété
Demi-plaisir totalement régressif que ce bête remake camouflé, parfaitement innocent et sans saveur, mais étrangement amusant, notamment grâce à quelques ambiances clinquantes et Kate Beckinsale.
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Lecteurs

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commentaires

Pat Rick
08/09/2020 à 10:57

@ Snake

Pareil je l'ai trouvé sympa à regarder, un divertissement correct et plutôt bien foutu pourtant je suis un fan de Verheoven et j'étais prêt à casser ce remake avant de le découvrir mais j'ai été finalement agréablement surpris.

Matrix R
08/09/2020 à 02:12

A déprogrammer de ma mémoire, cette...... Beurk.
La caméra pauvre de Wiseman rend rend Farrell ultradebile

Garamante
07/09/2020 à 16:40

Quand on connait un peu le structure de la Terre, c'est tout de même à se gondoler: il serait plus crédible de sauter de la Voie Lactée à la Galaxie d'Andromède en Twingo. Pour le reste le film est plutôt sympa à regarder. Mais bon, sur le sujet de la crédibilité, les scénaristes ont une foutue tendance à nous prendre pour des débiles.

Snake
07/09/2020 à 13:08

Jamais compris la haine envers ce film. Oui c'est beaucoup moins osé et cérébral que l'original qui lui reste supérieur, mais ça reste un bon divertissement SF. L'univers est plus travaillé que la normale, Farrell fait le job et Wiseman n'a plus rien à prouver pour mettre en scène l'action. Au final son seul défaut c'est de s'appeler Total Recall...

Phil la Marmotte
07/09/2020 à 12:50

La critique de Dahan à l'époque :

https://www.youtube.com/watch?v=oBZADjF1gZE#t=11m20s

Camille
07/09/2020 à 07:13

C pas un remake mais une nouvelle adaptation d'un bouquin, comme Les filles du Dr Martch en janvier on ne dit pas que c un remake des 4 filles du Dr Martch des 90's avec Christian Bale.

Garamante
07/09/2020 à 04:52

Franchement script anti-spam est vraiment chiant. On ne peut même pas écrire un texte conséquent sans être emmerdé. Je lâche l'affaire.

Meda
07/09/2020 à 04:38

Mais... C'est pas un remake du film de verhoeven, c'est une autre adaptation du roman de K Dick, à partir de ce moment là la critique perd pas mal de sa substance.

Snowmax
06/09/2020 à 22:19

Pour ma part, sii on fait abstraction du chef d' oeuvre de Verhoeven, ce divertissement de Wiseman reste de bonne facture. Les Sfx sont pas mal du tout et le casting est très sympa ...

Pat Rick
18/01/2020 à 10:03

A revoir mais je n'ai pas trouvé ce remake désastreux pourtant j'adore le film de Verhoeven et je croyais détester ce remake mais à ma grand surprise c'est divertissant.

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