Mud - Sur les rives du Mississippi : Critique

Laurent Pécha | 27 mai 2012
Laurent Pécha | 27 mai 2012

Révélé à Sundance l'an dernier et consacré à Cannes avec le Grand Prix de la semaine de la critique pour Take Shelter, Jeff Nichols revient sur la croisette mais cette fois en compétition officielle. Et ce pour seulement son troisième film. Trop tôt ? Oh que non tant Mud est de loin ce que le cinéma américain a proposé de plus accompli dans ce 65ème festival de Cannes.

A l'instar de Drive l'an dernier, le film est une invitation à voyager dans l'Histoire d'Hollywood et Nichols de faire la synthèse de tout un pan du cinéma qui l'a nourri au fil des années (il a eu l'idée du film au lycée). Dans Mud et ses multiples intrigues qui se rejoignent et se nourrissent (la continuelle interaction entre le monde des enfants et des adultes), le spectateur pourra voir apparaître les fantômes aussi variés de Stand by me, Les Goonies, La Nuit du chasseur, Un monde parfait, La Balade sauvage,...

 

 

Jamais écrasé par ces références, Jeff Nichols s'en nourrit constamment pour œuvrer, avec modestie et une classe folle, dans ce genre si attachant au cinéma qu'est le récit initiatique avec à la clé le passage au monde adulte. Si le personnage qui donne au film son titre, est un adulte et l'occasion de voir un Matthew McConaughey formidable (comme dans le Killer Joe de Friedkin) interpréter un fugitif fou amoureux se cachant sur une île, le héros de l'histoire est un jeune adolescent, Ellis (incroyable Tye Sheridan déjà  vu dans Tree of life en fils de Brad Pitt). A travers lui, Nichols va aborder avec pudeur et sobriété les premiers traumas d'une vie : la douleur et l'incompréhension face à la cellule familiale qui se disloque, la frustration et la souffrance face à un amour non partagé, la trahison de la confiance donnée,...

 

 

Non content de jouer cette carte exaltante de l'aventure humaine qui transforme une existence, le réalisateur n'a pas peur de mélanger les genres, Mud jouant aussi la carte du polar et de la romance. La rencontre entre Ellis (et son meilleur ami) et Mud et l'aide qu'ils vont lui apporter pour qu'il puisse quitter son île et retrouver sa belle (Reese Whiterspoon à qui le drame va si bien) ouvre les portes du suspense (Mud va-t-il être arrêté par la police ou être tué par les hommes engagés par un père vengeur ?) et de l'amour tragique (les deux amants arriveront-ils à être à nouveau réunis ?). La maîtrise formelle et narrative avec laquelle le jeune cinéaste parvient à constamment rebondir sur tous ces arcs narratifs, impressionne. Il se permet même le luxe de créer quelques seconds rôles annexes qui auront leur petit mot à dire dans un climax redoutable d'efficacité et d'émotion (Sam Shepard et le fidèle Michael Shannon).

 

 

Résumé

Il y a une telle richesse dans ce Mud là que le temps n'a pas d'emprise sur notre attention (ça dure plus de deux heure, vraiment, vous êtes sûrs ?) et nous d'admirer une Amérique profonde si cinégénique tout en étant le meilleur film à hauteur d'enfants vu depuis longtemps.  La palme du cœur !

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