Critique : Le Soulier de satin

Nicolas Thys | 26 mai 2012
Nicolas Thys | 26 mai 2012

Le Soulier de satin est à l'origine une pièce de Paul Claudel parue en 1929 et jouée pour la première fois en 1943. Son improbable durée, environ 11 heures, en fait une pièce rare au nombre de représentions limitées et souvent réduite de plusieurs heures. Amour impossible qui s'étale sur plus d'une vingtaine d'années dans une Espagne baroque et fantasmée, elle n'en reste pas moins une expérience folle. Lorsque Manoel de Oliveira en propose une adaptation cinématographique en 1985, il n'échappe pas aux nombreux problèmes posés à la fois par la complexité de l'action et la longueur de la pièce et par les rapports entre théâtre et cinéma, et notamment l'odieuse théâtralité dont il faut à tout prix se débarrasser pour revenir au cinéma.

A propos de la longueur, il réduit la pièce mais pour en faire une expérience temporelle et sensorielle forte il la réduit à 6h50, soit un film divisé en 4 parties, aussi peu projeté en salles que la pièce n'est jouée. Et afin de conserver l'espace du théâtre sans tomber dans le théâtre filmé, il va s'amuser avec les codes comme la pièce déjà brouillait les pistes en s'affranchissant de la plupart des règles du théâtre et de la scène. Oliveira montre les supercheries, les lieux et l'artificialité de la chose. Il tourne son film comme un hommage à Méliès, tout comme il le refera plus tard avec les effets spéciaux de L'Etrange affaire Angelica, d'une manière différente et plus intimiste. Ici on est directement sur scène, dans le truc où tout se joue et se déjoue. Le film est essentiellement composé en plans fixes, qui rappellent les tableaux du muet, auxquels il ajoute parfois un peu de mouvement, zoom ou autre. Mais l'essentiel réside dans le mouvement et le déplacement des acteurs et dans les jeux scéniques et magiques.

Si un film pouvait être jugé à l'aune de sa longueur, Oliveira réaliserait ici son chef d'œuvre. Le film est vraiment bon et la mise en scène est simple et belle. Ces Souliers de satin fascinent parfois et l'expérience du cinéaste portugais est intéressante, mais il peine à aller au-delà. L'ouverture dans un véritable théâtre est une merveille et elle prend le spectateur à contrepied, tout comme il le fera par la suite en révélant le studio dans lequel le reste de l'action est tournée. Mais le reste, même s'il est efficace grâce à l'interprétation radieuse des comédiens, risque parfois d'ennuyer. Le texte est coupé, mais des longueurs persistent... le temps du cinéma ne sera jamais celui du théâtre.

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