Critique : Almanya

Laure Beaudonnet | 30 mai 2012
Laure Beaudonnet | 30 mai 2012

A chaque pays son histoire de l'immigration. Alors que la France faisait appel à une main d'œuvre nord africaine, en particulier algérienne, au sortir de la seconde guerre mondiale, l'Allemagne invitait le travailleur Turc dès 1961 à venir prêter main forte à sa croissance économique. Une aubaine pour certains, dont l'idée de soutenir financièrement leur famille depuis une Europe faste, répondait à un fantasme. Le cinéaste Fatih Akin témoignait déjà de ce métissage teuton dans son fabuleux Head on, une histoire d'amour torturée germano-turque. Il n'est pas le seul. Dans Almanya, Cenk Yilmaz a six ans et ne saurait déterminer avec certitude s'il est allemand ou turc. Cette question le taraude depuis que son institutrice s'est amusée à inscrire la provenance de chaque élève sur une mappemonde. S'il ne parle pas un mot de turc, son grand-père Huseyin rêve de repartir en Anatolie pour renouer avec son passé.

La réalisatrice Yasemin Samdereli et sa co-scénariste de sœur Nesrin Samdereli prennent le parti de la comédie pour ce road trip désopilant où chaque personnage orbite autour de la figure du patriarche, Huseyin. L'enfant est un catalyseur de l'histoire, une excuse pour plonger dans la mythologie familiale que Canan, la cousine, se fait une joie de révéler. Almanya confronte les époques et les cultures, dessinant chaque étape de l'intégration: du fantasme à la réalité avec un regard amusé sur les différences de représentations. La découverte de Noël, l'horreur des toilettes ou l'usage d'un langage des signes approximatif pour se faire comprendre à la Boulangerie. Almanya joue avec l'ordinaire pour en faire jaillir la puissance comique. 

L'opus procède par aller-retour incessants entre le présent et le passé à mesure que le minibus retrace la route du vieillard. La candeur du récit a la vertu d'adoucir la gravité des faits car l'immigration est souvent taillé pour le drame. Loin d'un America, America d'Elia Kazan qui témoigne des épreuves du voyage, Almanya illustre les inquiétudes une fois sur place, avec comme point commun la ténacité de leur héros. Le ton léger n'enlève rien à l'émotion. Plus on s'insinue dans l'histoire de cette famille, plus on s'y attache. Almanya relève autant de l'épreuve initiatique pour la troisième génération que du voyage funèbre pour la première. Yasemin Samdereli slalome entre les registres, livrant un opus, tantôt satirique, tantôt dramatique. Mais souvent d'une tendresse infinie.

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