Paperboy : Critique

Laurent Pécha | 24 mai 2012
Laurent Pécha | 24 mai 2012

Sur le papier, Paperboy a un pouvoir de séduction indéniable : casting de stars (Nicole Kidman, Matthew McConaughey, Zac Efron, John Cusack), trame de thriller (enquête complexe pour faire acquitter un possible innocent condamné à la chaise électrique), ambiance singulière (la Floride, ses marécages), thèmes forts (racisme, homosexualité, liens du sang,...). En pratique, Paperboy a Lee Daniels comme réalisateur.

Après avoir joué au terroriste de l'émotion avec Precious, le monsieur recommence son travail de destruction massive avec des armes infaillibles : prétention et mauvais goût. Rien ne fait peur au réalisateur et surtout pas d'en rajouter à tous les étages. Qu'importe alors qu'il se fiche totalement de son intrigue principale (une conclusion expédiée littéralement en un dialogue) puisqu'il sait créer le « hype » avec un ton décalé et sulfureux lui permettant de mettre sa star féminine dans les postures les plus improbables avec une vulgarité assumée.

 

 

Un festival Kidman : Nicole montre sa culotte en gros plan, Nicole mime une fellation, Nicole pisse sur Zac Efron pour le sauver de piqûres de méduses avec gros plan sur le liquide coulant, Nicole se fait défoncer sur une machine à laver avec des inserts d'animaux du bayou. Le reste du temps quand il oublie cette vulgarité, Daniels fait dans l'image chichiteuse avec des tics de mise en scène à faire dresser les poils de spectateurs de bon goût : ralentis abscons, images splittées, filtres à gogo, plans tremblotants...

 

 

Etant quasiment livrés à eux-mêmes, les comédiens se mettent à l'avenant de leur chef et jouent soit de manière outrancière (Kidman), soit faux (McConaughey pourtant toujours excellent quand il y a un procès dans le récit, Efron perdu quand il doit jouer habiller). Seul Cusack  qui a pris le parti de s'en foutre en jouant avec un premier degré réjouissant, ressort presque indemne du bayou.

 

 

Quant aux éventuels thèmes sous-jacents à l'intrigue, à commencer par le traitement du racisme dans une Amérique pas encore remise de la fin de la ségrégation, la manière absolument putassière avec laquelle Daniels l'aborde finit d'achever la plus conciliante parcelle de notre intellect. Et de quitter alors la salle avec le sentiment que s'il y a bien une place pour un tel cinéma racoleur, il ne sera plus jamais plébiscité dans nos pages.

 

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