Critique : Saphirs (Les)

Sandy Gillet | 22 mai 2012
Sandy Gillet | 22 mai 2012

L'histoire, inspirée de faits réels selon la formule consacrée, de trois sœurs et de leur cousines aborigènes qui à la fin des années 60 vont se retrouver à chanter de la musique soul pour les G.I. engagés dans le conflit vietnamien. Présenté ainsi, le premier long de Wayne Blair, artiste de théâtre reconnu à la fois dans son pays mais aussi aux États-Unis, suscite déjà l'intérêt. Il faut savoir ensuite que The Sapphires est d'abord une pièce au succès phénoménal en Australie dans laquelle le réalisateur y faisait en 2005... l'acteur. Et de ce passage sur les planches, le film semble y avoir importé un sens du cadre que l'on pourrait qualifier de classique. Entendre par là une mise en scène qui se veut peu démonstrative au profit d'une captation au service quasi exclusif de ses acteurs à commencer par les quatre filles « on et off stage ».

On pense aussi au personnage du manageur/imprésario campé par un extraordinaire Chris O'Dowd qui fait parti de ces comédiens que l'on a déjà vu mais dont on est infoutu de mettre un nom dessus. La générosité de tout ce bestiaire infuse très rapidement une impression de légèreté qui va lui permettre d'aborder frontalement et en contrepoint des scènes plus chargées d'un point de vue dramatique. Sans oublier qu'en fond sonore historique nous est rappelé que l'Australie de l'époque pratiquait un eugénisme qui ne disait pas son nom où il était tout à fait légale pour des enfants aborigènes à la peau claire d'être enlevés à leur parent afin qu'ils soient élevés dans des familles blanches et d'empêcher ainsi tout mélange.

De cette double mixité assumée avec bonheur vient se placer tout en haut de la pyramide les formidables passages musicaux qui font penser à une sorte de « cross over » jouissif entre Les Commitments et Les Blues Brothers, le tout sous les ors d'une photo aux couleurs et aux contrastes saisissants signée Warwick Thornton (également réalisateur de son état avec Samson et Delilah qui fut récompensé en 2009 d'une Caméra d'or à Cannes). Si Wayne Blair est un réalisateur à suivre pour toutes ces raisons et augure d'une filmo qui ne pourra que s'affirmer dans son versant « cinématographique », il augure déjà de la promesse tenue d'un bonbon aux  multitudes de strates allant de l'acidulé au trop sucré. Ne pas y gouter serait passer à côté d'une belle parenthèse enchantée.

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