La Chasse : Critique

Stéphane Argentin | 13 novembre 2012
Stéphane Argentin | 13 novembre 2012

Un an après le choc Polisse (Prix du Jury au Festival de Cannes 2011), le dossier des « abus sexuels sur mineurs » est de retour sur la Croisette sous la houlette de Thomas Vinterberg avec un long-métrage qui prend l'exact contre-pied du film de Maïwenn : celui de nous faire prendre fait et cause pour le (supposé) pédophile en s'appuyant, oh ultime blasphème, sur le fait que les enfants ont beaucoup d'imagination et que l'adage selon lequel « les enfants ne mentent jamais » ne doit pas être systématiquement considéré au pied de la lettre.

Dans La Chasse, Lucas (Mads Mikkelsen), récemment divorcé et n'ayant plus la garde de son fils adolescent, travaille dans un jardin d'enfants et est apprécié par tout son entourage. Jusqu'au jour où la fille de son meilleur ami, Klara, l'accuse d'abus sexuels. Commence alors pour Lucas une lente mais inexorable descente aux enfers. À contrario du film de Maïwenn et du non moins fulgurant Présumé coupable, La Chasse ne s'aventure jamais plus avant dans le pendant judiciaire de l'affaire. Tout juste aperçoit-on le temps d'une courte scène deux représentants des forces de l'ordre et, plus tard, est-il fait allusion à une audience préliminaire au tribunal.

 

 

Non ce qui intéresse véritablement Vinterberg, c'est comment le quotidien de cet homme apprécié de tous (exception faite de son ex-épouse) va peu à peu devenir un véritable cauchemar. Le propos et la démarche ne sont certes pas nouveaux : à partir d'une simple accusation c'est, in fine, quasiment tout le quartier où habite Lucas qui va se retourner contre lui. Tout le monde à l'exception du spectateur qui sait pertinemment depuis le début que le supposé délinquant sexuel est innocent des accusations portées par la petite Klara mais dont personne ne pense, ne serait-ce qu'une seule seconde, à remettre la parole en doute puisque, c'est bien connu, « les enfants disent toujours la vérité ».

 

 

Pour bien démontrer toute l'absurdité de cette maxime, la caméra de Vinterberg va donc suivre en permanence le quotidien de son personnage principal. À nouveau heureux en amour (une collègue de travail en pince pour lui), en famille (son fils préfère venir vivre avec lui plutôt qu'avec son ex) et entouré de ses très anciens compagnons de chasse (les seuls qui le soutiennent tout au long de cette épreuve), Lucas est quasiment de tous les plans. Captée par une mise en scène magistrale de fluidité, l'interprétation fulgurante de Mads Mikkelsen combine en permanence désarroi et incompréhension pour donner naissance à un personnage d'une incroyable justesse toujours à deux doigts de craquer ou de se mettre en colère.

 

 

À mesure que l'étau se resserre et que le climat anxiogène s'accentue, Vinterberg parvient malgré tout à ménager de petites soupapes de décompressions humoristiques mais sans pour autant dévier d'un iota de son but qui consiste à démontrer que oui, les enfants peuvent mentir, y compris et a fortiori sur un sujet aussi grave. Et quel meilleur moyen pour clore cette démonstration par l'absurde que le lieu saint par excellence pour un tel blasphème : l'église, la veille de noël, jour de la venue au monde du « petit Jésus », tête blonde si charmante et innocente. Loin de céder à la facilité, Vinterberg s'accorde une ultime séquence qui, non contente de donner tout son sens au titre du film, vient clore une Chasse en tous points magistrale et nous rappeler qu'après de tels événements, plus rien ne sera jamais comme avant.

 

Résumé

Lecteurs

(3.5)

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