Critique : Iron Sky

Patrick Antona | 19 avril 2012
Patrick Antona | 19 avril 2012

Révélé il y a quelques années par son fan-film parodique Star Wreck: In the Pirkinning, le finlandais Timo Vuorensola nous avait grandement excité avec sa bande-annonce annonçant le projet en 2006. Six ans plus tard, force est de constater  que Iron Sky est une chouette série B, assumant son postulat casse-gueule avec ses nazis réfugiés sur la Lune et désireux de prendre leur revanche. Luxueuse et spectaculaire production, et ce avec un budget de seulement 7,5 millions d'euros (dont 10% obtenu par financement des fans), ce space-opera foutraque revendique et assume son côté parodique, surprend par certains points mais se révèle hanicapé par un humour qui ne porte pas aussi loin qu'espéré.

Pourtant toute la première partie laisse poindre une volonté de marcher sur les plate-bandes de Starship Troopers, avec cette description d'un monde fascite caché sur la face obscure de la Lune puis sa confrontation avec l'Amérique de 2018. Mais en glissant de la parodie à la Mel Brooks (avec une utilisation astucieuse et biaisée du Dictateur de Chaplin en tant qu'arme de propagande) vers la satyre à la Dr FolamourIron Sky ne se révèle pas assez subversif pour dépasser son simple et formidable postulat de départ, et se perd un peu à essayer de tailler un short sur mesure à la politique-spectacle américaine. Timo Vuorensola et ses scénaristes restent même frileux en ce qui concerne certains points (pas d'évocation de l'Holocauste ni de critique profonde du nazisme) et se complaisent plutôt dans un comique de sitcom alors que certaines situations auraient mérité d'être exploitées avec un peu plus de nerf, comme la "transformation" du noir James Washington (Christopher Kirby).

Quant au casting, si Götz Otto et Peta Sargeant assument avec métier mais aussi  avec lourdeur le côté parodique de leurs caractères, Julia Dietze est la révélation de Iron Sky, réussissant à rendre sympathique son personnage de nazie ravie de la crèche mais dont les convictions sont ébranlées une fois sur Terre. Reste la déception d'un Udo Kier sous-exploité qui fait presque de la figuration en tant que führer agacé par le souvenir de Hitler, et Stephanie Paul s'inspire un peu trop de Tina Fey pour créer une Sarah Palin plus vraie que nature.

Mais ce qu'Iron Sky perd en humour corrosif, il le gagne dans le spectaculaire et le clinquant de sa production value. Avec ses bases lunaires imposantes, ses soucoupes volantes et ses costumes au look retro-futuriste, le film l'emporte aisément sur nombre de productions américaines beaucoup plus friquées. La bataille spatiale finale est un moment d'anthologie, qui rappelle la saga Star Trek, et qui présage du meilleur pour les prochaines productions sci-fi à venir de Timo Vuorensola. Autre point positif, le score créé par le groupe Laibach, entre pop électro-rock et pastiche de classique, apporte un relief supplémentaire et décalé aux rutilantes images spatiales.

Au final, cet avènement pour rire du 4° Reich ne se révèle pas être le monument de farce comique espéré (Charlie Chaplin peut dormir tranquille) même si le résultat est des plus fréquentables. Mais peut-être que la réussite se trouve dans la capacité de ces diables de finlandais à tenir la dragée haute aux superproductions d'Hollywood, preuve que l'acharnement et la passion réussissent à payer, sans même verser dans le consensuel.

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