Critique : La Mer à boire

Sandy Gillet | 22 février 2012
Sandy Gillet | 22 février 2012

La mer à boire est un drame social qui va puiser dans un fait divers la moelle d'un récit en prise réelle avec son temps. Pour son réalisateur Jacques Maillot qui signe là son troisième film de cinéma en treize ans, c'est en quelque sorte un retour aux sources qui fait écho à 75 centilitres de prière (Prix Jean Vigo 1994) et Corps inflammables, ses deux premiers moyens-métrages et travaux préparatoires à Nos vies heureuses, son premier long. Mais ici point de choralité, forme alors adoptée qui permettait de suivre plusieurs destins en même temps pour mieux les faire interagir entre elles. Juste l'histoire d'un patron « bon père de famille » d'un petit chantier naval (Auteuil convaincant de sobriété) qui ne sait et ne peut faire face à l'inexorable descente aux enfers de sa société en proie à la crise économique ambiante.

La bonne idée de Maillot c'est de ne pas en avoir fait une caricature dans un sens ou de l'autre. L'homme veut sauver sa boîte ce qui permettra de préserver les emplois (pas le contraire). Quand les employés se mettent en grève du fait d'une compression du personnel on se surprend à soutenir ses décisions. Mais quand celui-ci se fait avoir par sa banque ou un ploutocrate russe... on se dit qu'in fine ce n'était vraiment pas l'homme de la situation. Presque tous les autres personnages sont à l'avenant. Maillot y insufflant un souffle de vie qui donne au film tout son naturalisme et son intégrité. On regrettera juste les traits outrés et grossiers de Luis (Yann Tregouët que l'on avait vu dans L'armée du crime de Guédiguian), le néo syndicaliste dont les agissements ne servent qu'à surdramatiser un récit qui n'en avait pas besoin.

La forme est aussi intéressante et fait preuve d'une intelligence de regard peu commune dans le « genre ». Situé dans le sud d'une France baignée de soleil et portée par une photo à l'avenant, le drame qui se joue devant nous n'est pas plombé par une grisaille tentante de cinéma histoire de surligner une démonstration qui en serait devenue lourdingue. Toutefois l'écueil de la caricature sociale n'est pas toujours évité. Et l'épisode russe entre mise en scène plan et plan et un récit à la Plus belle la vie, en est l'illustration malheureuse. Mais la fin jusqu'au-boutiste qui s'arcboute sur un phantasme expiatoire à l'attention du public emporte définitivement le morceau d'un film éminemment honnête, engagé et témoin de son époque.

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