Hook ou la revanche du Capitaine Crochet : Critique

La Rédaction | 22 février 2012
La Rédaction | 22 février 2012

Voir Hook comme n'importe quel autre film de Steven Spielberg, c'est prendre le risque de se retrouver en face d'une attraction hollywoodienne abrutissante. Car si le personnage de Peter Pan s'apparente parfaitement aux préoccupations et au discours du réalisateur américain, il ne s'y intègre pour autant pas et donne l'allure d'un long-métrage agaçant et infantile.

Reprendre l'histoire du héros de J. M. Barrie là où l'écrivain l'avait laissé, n'était pas la meilleure façon de se l'approprier. Régis Loisel, qui a dessiné la genèse de Peter Pan, l'a bien compris, il faut s'accaparer ce personnage au moment où il n'existe pas encore c'est-à-dire quand ses traits peuvent être créé sans être détourné. L'univers de l'auteur victorien dépasse les genres et les auteurs qui s'y sont frottés. Marc Forster, dans son humble Neverland, le résume bien lorsque à la première représentation de la pièce (Peter Pan a été une pièce et ensuite un livre), il met ces mots dans la bouche d'un Barrie interprété par Johnny Depp : « Ce n'est pas du théâtre ». C'est effectivement au-dessus de tout cela, puisque c'est un mythe, le plus important du XXème siècle. Très certainement, Hook est alors moins à prendre comme une pièce moyenne de la filmographie de Steven Spielberg que comme un point de friction entre les obsessions d'un auteur et le mythe qui l'a guidé inconsciemment depuis toujours.

 

 

Premier échauffement lorsque Spielberg ouvre son film en montrant la pièce de Peter Pan joué par les enfants de Robin Williams. En plaçant le garçon éternel parmi nous, il introduit un paradoxe : la fiction est une réalité. Ce passe-passe futile, voire enfantin, enfonce le clou de ce que tout le monde sait : la propagation dans le monde physique des idées artistiques. On le savait pourtant déjà grâce à Dan Kiley qui a décrit cliniquement un syndrome correspondant aux maux du héros de J. M. Barrie. Mais en jouant avec la notion de réalité et de merveilleux, Spielberg se pose en sujet du mythe. Son savoir-faire reste indéniable. D'une ambiance de bureau à l'américaine, on s'envole vers l'architecture classique anglaise par le simple passage d'un éclairage naturel et fade à des sources brillantes très précises, sortes de bougies modernes.

 

 

Les anciennes à flamme prennent le relais lorsque le courant se coupe et qu'une épée et un parchemin se font menaçant. En une demi-heure de temps, le réalisateur transporte le spectateur à Neverland où la lumière claire et diffuse donne l'impression d'être au plus près de la lumière. Trajet magnifique dans sa réalisation mais oh combien inutile. Dans le livre, le merveilleux est déjà là, les enfants étant « baby-sittés » très naturellement par un Saint-Bernard. Ainsi cet aller-retour, justifié par un rideau théâtral que déchire Robin Williams au début ou par une apparition de Bob Hoskins en balayeur à la fin, montre le manque de foi du réalisateur en cet univers et sa propre nécessité de rationaliser, mouvement malheureusement adulte qui rompt avec l'insouciance de Barrie.

 

 

Deuxième échauffement dans son abordage de l'éducation. Steven Spielberg lance les signes de son sujet en répétant la figure de l'alcôve protectrice (les encadrements de fenêtres et le crochet de Crochet, entre autres). La revanche du Capitaine à une main, c'est le retour du foyer comme sujet de préoccupation. Alors que le monde aventureux de Neverland était une échappatoire au parent et que Peter Pan était un combattant de la figure paternelle qu'est Crochet, le héros cherche ici à être le meilleur des pères. Dans le roman en tant que chef des enfants perdus il avait cette autorité parentale mais en se refusant à Wendy, il rejetait les notions sexuelles et amoureuses qui auraient fait de lui un père complet.

 

 

Ici, étant biologiquement un papa, il n'est plus un enfant. D'ailleurs le rejet de son fils aîné amène cette évidence : si les parents ne grandissent pas, les enfants les oublieront. Dès lors, que représente ce retour de Peter vers Pan ? Son comportement d'adulte qui passe par un combat de coq (voir son cri) se révèle lorsqu'il dit au revoir à Clochette : il s'agit de prouver sa valeur à la gente féminine tout en refusant toute les avances d'adultère. La lumière que reflète Clochette et qui ressemble à celle d'un projecteur, est bien la source de ses désirs refoulés. Peter Pan n'était qu'un enfant virevoltant entre différentes figures féminines sans en choisir une, il était réellement libéré. Le Pan de Spielberg est lui, pétri d'interdits moraux. Il doit se détacher de Clochette.

Julien Welter

Résumé

C'est ce conservatisme qui sied finalement mal à l'univers de Pan et à J.M. Barrie. Le garçon éternel ne réfléchissait pas à sa condition il était le mal qui faisant de lui un mythe. Steven Spielberg tourne autour et cherche à prouver sa filiation à ce héros mythique. En vain, on l'est ou on ne l'est point.

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