L'Irlandais : Critique

Nicolas Thys | 21 décembre 2011
Nicolas Thys | 21 décembre 2011

Le cinéma irlandais est peu connu mais il a donné naissance à de grands cinéastes à l'image de Jim Sheridan ou Neil Jordan, et à quelques fulgurances comiques comme Vieilles canailles de Kirk Jones et cet Irlandais, premier long de John Michael McDonagh, dont le frère, Martin McDonagh, est aujourd'hui plus connu pour avoir réalisé Bon baisers de Bruges. Les points communs entre les deux films sont nombreux à commencer par l'humour, l'élégance et Brendan Gleeson, qui a bien fait de mourir vite dans le dernier Harry Potter pour courir faire ce film.

 

L'irlandais est certainement la plus belle galerie de personnages loufoques et caricaturaux de l'année. Produit par Don Cheadle, qui joue ici l'américain de service, austère, rigide et peu habitué aux coutumes locales, le film pastiche la police, l'Irlande et la campagne profonde où finalement tout le monde est un peu pourri sur les bords (et en profondeur aussi). Du héros fainéant, gras et mal embouché incapable d'obéir aux ordres mais champion de natation, aux autres flics tous véreux et achetés par la mafia locale, en passant par un gamin attardé qui fait du vélo à toute heure du jour et de la nuit et à l'ado qui photographie des morts, on nage dans une parodie de film noir à l'humour décapant, politiquement incorrect et bien loin de ce qu'on peut voir habituellement.

 

 

Mais s'il n'était que des personnages grotesques, le film n'irait pas loin. Il est alimenté par une histoire parfaitement calibrée, qui oscille entre le ridicule de certaines situations et le sérieux du propos général. On est autant dans un vrai film noir avec le héros aux méthodes désavouées de tous et (presque) solitaire, que dans une comédie où le sarcasme et le cynisme font bon ménage. De plus, formellement le film est une réussite. Le réalisateur s'amuse notamment sur les couleurs, un peu à la manière d'Aki Kaurismaki, afin de grossir tous les traits de son film au maximum et la composition du chef opérateur Lary Smith est magnifique. Voir par exemple le contrepoint entre le bleu de la salle d'interrogatoire qui se retrouve jusque dans les costumes des protagonistes et le rouge pétant du bar ambiance Hello Kitty de la séquence du milk shake. A l'opposé les séquences d'extérieur ont une fadeur qui leur sied bien, grisâtres, laides mais avec des paysages splendides.

 

 

Résumé

On est ici dans un des sommets de la comédie noire de l'année 2011. L'Irlandais est un film rafraichissant, maîtrisé, et dans l'air du temps.

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