Metropolis : critique

Nicolas Thys | 24 octobre 2011 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Nicolas Thys | 24 octobre 2011 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Difficile de s'attaquer à un film comme Metropolis de Fritz Lang. Près de 85 ans après sa réalisation, il est devenu un mythe cinématographique et urbain, une source d'inspiration pour nombre de réalisateurs mais aussi pour les architectes et les amateurs de science-fiction. C'est aussi une légende, que l'histoire de sa restauration met clairement en évidence. Un budget pharaonique de 5 millions de Deutsch Mark pour un gouffre financier, 85 000 mark rapporté lors de sa sortie. Le film a été très peu projeté dans sa version intégrale, il aura été amputé de nombreuses séquences pour les diverses sorties internationales, réorganisé, démembré, réduit à néant. Jusqu'à ce que quelques restaurateurs comme Enno Patalas, dans les années 70 se charge de le retrouver et de le remettre sur pieds, allant traquer, comme des détectives, les moindres documents permettant de reconstituer le film d'origine : le procès verbal de censure qui répertorie en allemand chaque carton, la partition d'origine qui donne l'ordre des scènes, leur durée initiale, et qui fait le compte de ce qui manque, les photographies de tournage qui montrent une image d'une séquence disparue.

 

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Les années 1980 voient plusieurs remontages du film qui regagne en intérêt, notamment celui de Giorgio Moroder, compositeur életro-synthétique, auteur de BO comme Flashdance ou Midnight express qui s'amuse avec le film en proposant sa propre version. Plusieurs films ou documents audiovisuels commencent à reprendre son esthétique, de Blade Runner à Express yourself, clip pour Madonna réalisé par David Fincher. Les années 1990 et 2000 concrétiseront le projet des historiens, le numérique permettant d'accomplir la première restauration du film qu'on pensait définitive jusqu'au coup de théâtre de 2008, où une version complète 16mm du film a pu être retrouvée à la cinémathèque de Buenos Aires, bien cachée, léguée par un collectionneur 50 ans auparavant sans que personne n'aille regarder plus loin.

 

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Aujourd'hui le film porte encore les stigmates de cette quête. Rayures multiples, cadre imprécis mais l'ensemble du film est là, ou presque puisqu'une séquence n'a pu être sauvée et sera donc remplacée par des cartons explicatifs. Mais son importance est considérable, pour le cinéma et pour l'Allemagne des années 20 car le film dans toute sa splendeur ne fait que l'évoquer, ses désirs de grandeurs urbaines qu'on retrouvera autrement dans d'autres films comme Berlin Symphonie d'une grande ville de Walther Ruttmann, son architecture futuriste modelée sur les grattes-ciels américains qui se conjuguent avec un renouveau artistique considérable venu d'Europe. Metropolis combine Art déco, Nouvelle objectivité ainsi que certaines caractéristiques du Bauhaus à l'expressionnisme de certaines séquences, notamment celle du savant et des catacombes, là où se construit le futur de l'être humain, séquences qui s'organisent comme le catalyseur de toutes les tensions de l'histoire et qui font se recouper modernité et passé, course au progrès et renaissance du mythe du Golem à travers le robot, terme utilisé pour la première fois 6 ans auparavant dans une pièce de théâtre tchèque, R.U.R de Karel Capek, et dont c'est la première apparition au cinéma. Et l'UNESCO ne s'y est pas trompé, le faisant inscrire sur le Registre de la mémoire du monde en 2001.

 

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On ne peut s'y tromper, Metropolis est une grande œuvre, un film d'une beauté saisissante et formellement novatrice avec des expérimentations plastiques jusque dans ses intertitres. C'est aussi un film d'une simplicité extrême, exposant sur le principe binaire et manichéen du bien/mal de nombreux concepts avec son monde du haut, lumineux et vivant dans l'opulence et son monde du bas, ouvrier, pauvre, sale et où l'humain, réduit à l'état d'esclave, n'a finalement que peu de place. Et c'est de là que vient son seul défaut, scénaristique. Adaptation d'un roman de Thea von Arbou, à l'époque la femme de Fritz Lang, Metropolis est un film moraliste dans le pire sens du terme et dont la fin peut paraître niaise et révoltante pour beaucoup. Tout le monde est sauf, surtout les enfants, tout va bien dans le meilleur des mondes possibles, l'amour gagne et sauve le monde, le grand patron et le contremaitre se serrent la main (pas l'ouvrier de base car il ne faudrait pas non plus se salir), et seul le savant et sa machine sont vaincus comme s'ils étaient les deux seuls méchants de l'histoire. L'ordre moral et social est sauf, que va t-il se passer par la suite pour la classe ouvrière ? Le film ne se prononce pas. Bon, c'est bien joli mais ça ne va pas très loin.

 

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On oubliera donc le scénario pour se concentrer sur la forme, véritable laboratoire esthétique qui contient certaines des expérimentations les plus intéressantes du cinéma muet dans la création des effets spéciaux et des incrustations, en particulier l'effet Schüfftan. On évitera de parler du côté prophétique du film, libre aux spectateurs de le voir ou pas. Toutefois, on ne pourra jamais nier qu'aujourd'hui encore Metropolis et son coté grandiose et grandiloquent restent dans toutes les mémoires, n'ont pas perdu de leur superbe et servent encore de matrice pour nombre de films ou de jeux vidéo.

 

Affiche française ressortie

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