Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne - critique qui en pince (d'or)

Simon Riaux | 18 mars 2022
Simon Riaux | 18 mars 2022

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne est diffusé ce soir à 21h05 sur Gulli.

Rêvée par Hergé, fantasmée par Steven Spielberg, crainte par des millions de lecteurs, l'adaptation cinématographique Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne est finalement devenue une réalité.

LE RÉALISATEUR À LA CAMÉRA D'OR

Il ne faudra pourtant au metteur en scène Steven Spielberg (et son acolyte Peter Jackson) guère plus qu'une poignée de secondes pour faire voler notre circonspection en éclats. Son film s'ouvre sur un hommage sincère et brillant à Hergé, qui n'oublie pas dans son absolue déférence, d'afficher haut et fort une ambition folle, celle de se hisser au niveau de son modèle, et de faire coexister ces deux visions jusqu'à les mêler intimement. Un objectif atteint dès l'ouverture, dont les images somptueuses et les plans virevoltants ne s'avèreront qu'un avant-goût de la déferlante qui va s'abattre sur le spectateur.

 

photoEn avant mon vieux Milou !

 

On craignait beaucoup d'un scénario piochant dans trois albums différents (Le Secret de la Licorne, Le Crabe aux pinces d'or et Le Trésor de Rackham le Rouge), obligé de multiplier les personnages, d'enchaîner les situations à toute vitesse, tenu à un grand écart à priori impossible : concilier la Grande Aventure et la candeur lumineuse d'une oeuvre connue de tous. C'est le défi qui est ici relevé grâce à la complicité quasi fusionnelle entre Jackson et Spielberg.

La folie de l'un équilibre la rigueur de l'autre, les outrances paroxystiques du premier contrebalancent la naïveté revendiquée du second. La technique est à l'avenant et confirme que la performance capture était incontestablement le choix le plus judicieux, tant chaque texture, couleur, lumière semble littéralement jaillir des planches de Hergé, sans entamer le sentiment de crédibilité qui émane de l'ensemble. Quant à l'animation, elle ne sombre jamais dans les tréfonds de l'uncanny valley, et épouse à merveille le sens du mouvement typique de la bande dessinée.

 

photoUn film riche en textures lumineuses

 

LE SECRET DE LA 3D MAGISTRALE

Mais la réussite la plus flagrante de ces Aventures de Tintin, bien plus que leur accomplissement technique ou leur écriture ciselée, c'est leur mise en scène, magistrale de bout en bout. Steven Spielberg retrouve enfin le souffle épique qui faisait si cruellement défaut à Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal. Les innombrables scènes d'action n'impressionnent pas seulement par leur démesure, mais surtout par leur science aiguë du découpage. Si la caméra s'autorise d'impossibles envolées, de superbes mouvements, elle ne le fait jamais au détriment du découpage, dont la pertinence est encore rehaussée par une 3D d'excellente facture.

 

photoPrenez ça les moules à gaufres !

 

À ce titre, le délirant plan séquence de près de trois minutes, qui amènera nos héros à littéralement ravager une ville tout entière, est un morceau de bravoure sidérant, la preuve du formidable travail accompli ici par le metteur en scène, qui parvient à coupler la liberté absolue fournie par la performance capture aux exigences de rigueur et précision d'un cinéma à l'ancienne. Le rythme effréné des péripéties affole, leur agencement millimétré leur confère une lisibilité et un impact qui confine au virtuose.

 

Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne : photoDupond et Dupont en action

 

Bien qu'on est saisi par la truculence de tous les personnages, de l'impérial Haddock en passant par les impayables Dupond et Dupont, on ne peut s'empêcher de regretter un peu l'absence de Tournesol, d'autant que l'ensemble manque d'émotion. La faute à Hergé pourrait-on dire, toujours est-il que l'absence de présence féminine à l'écran se fait encore plus cruellement sentir que sur papier.

On pardonnera néanmoins cet écueil au film, tant ce refus de céder aux sirènes du divertissement mainstream consacre Les Aventures de Tintin comme un film résolument à part, dont l'apparente universalité dissimule un univers profondément unique et dont la féérie se trouve ici magnifiée. Un enthousiasme que la version originale du film risque cependant d'atténuer, les plaisantes performances du casting étant amoindries par l'anglicisation inévitable des patronymes et noms propres. L'amateur de V.O. perdra donc une partie du charme nostalgique que le film ne tente pourtant pas d'étouffer.

 

Affiche française

Résumé

Les Aventures de Tintin ne sont ni la trahison redoutée, encore moins un Indiana Jones déguisé, et certainement pas une vulgaire vitrine technologique. Spielberg est parvenu à accoucher d'un film de grande qualité, à la frontière des genres et des supports, auquel il est bien difficile de résister. Bien plus qu'un hommage, son film est une oeuvre autonome et terriblement ambitieuse, qui amènera tout ceux qui n'éprouvaient devant les travaux de Hergé qu'un ennui poli, à réviser leur jugement.

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Lecteurs

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commentaires
Matrix R
24/03/2022 à 18:49

Le hic dans ce film, c'est que Spielberg a fait un copier-coller criard de la BD éponyme.
Aucune prise de risque.
Film moyen
Un Spielberg décevant

faites le taire
24/03/2022 à 14:14

@Ethan

C'est facile.

Quand Ethan parle d'un sujet, c'est soi qu'il n'y connaît rien, soi qu'il tremble à l'idée de déverser son jus puritain malveillant;

Aujourd'hui, "je ne connais rien au box office, je sais pas comment ça marche, mais j'explique tranquilou bilou qu'un film à 5 millions d'entrées, c'est à dire un succès colossal, est un bide, une déception, et ne doit son chiffre qu'au nom de son réal"

Un truc Ethan, si tu ne vois pas en quoi cette phrase est un symptôme de crétinerie congénitale, il faut abandonner l'espace commentaire

Francken
22/03/2022 à 20:41

@Ethan

Super, ton analyse de l’accueil du public basée sur… rien.
C’était vraiment passionnant !

Ethan
22/03/2022 à 14:04

@Francken
5 millions car il y a l'effet Spielberg qui lui-même était un fan de l'homme de Rio. Les gens avaient envie de te découvrir son Tintin et donc à leurs enfants. À l'arrivée il y a eu de la déception chez les parents car c'est pas tout à fait le secret de la Licorne.
Et les Américains ça n'a pas tellement marché là-bas. Je pense qu'il aurait dû plutôt garder l'esprit du Tintin de l'album plutôt que d'en faire un héros américain.
Les enfants qui n'ont pas lu les Tintin ont plutôt apprécié. Mais ce n'est pas forcément partagé par les parents qui ont trouvé qu'il y avait trop de scènes d'action au détriment de l'intrigue.
Tu sais les producteurs ce n'est pas des fous ils ont mesuré l'impact de ce Tintin sur les gens et ce n'est pas forcément ce qu'ils avaient escompté 10 ans déjà
Sur milou oui je ne dis pas le contraire je dis qu'on aurait pu faire intervenir une voix off notamment quand il pense. Pour moi Tintin et Milou sont liés.

Maintenant sur la qualité du film je trouve que les personnages capitaine Haddock et milou ne sont pas tellement réussi tout comme la musique qui est un peu vieillotte.

Moi j'ai lu avant tout la bande dessinée. Le dessin animé de M6 je l'ai vu après avoir lu lire les livres. Ils sont plutôt réussi les dessins animés mais dommage qu'il n'y a pas tintin au Congo. Perso quand je l'avais lu je n'avais rien vu rien de choquant. Et je trouve dommage qu'ils ont changé la musique du générique. La première version faisait plus moderne

alxs
21/03/2022 à 14:26

Un vrai plaisir ce tintin, très proche d'Indy 3 (la scène du side car, le duo d'affiche) on sent que Spielberg s'est fait plaisir et nous avec, la mise en scène est aussi soignée que ses réal en chair et en os, le découpage et le rythme parfait.

Francken
20/03/2022 à 18:12

@Ethan
…………."Ce tintin n'a pas intéressé les américains et côté français pareil "

Ce Tintin a fait plus de 5.000.000 d’entrées en France.

………."Hors là milou ne parle pas "

Oh mince, on tient un fan du dessin-animé tout moche des années 90...
Dans les albums, Milou ne parle pas !
On le voit parfois exprimer des pensées, c’est vrai, mais comme des tas d’autres animaux.
Le faire parler aurait été gentiment neuneu.

Ded
19/03/2022 à 18:36

J'ai suivi avec plaisir ces péripéties Tintinesques, à la réalisation magistrale, mais je ne suis peut être pas le plus objectif pour juger de la fidélité de l'adaptation par rapport à "l'esprit" de son modèle bédéesque (pas passionné de BD en général et le côté bavard des albums de Tintin en particulier me rebutait avec d'assommantes bulles qui s'étalent parfois du sommet de la vignette jusqu'aux pieds des personnages !). En revanche, je salue les courageux scénaristes qui, pour éviter une éventuelle levée de boucliers de la part des ligues puritaines, auraient pu faire abstraction de l'alcoolisme rémanent du Capitaine Haddock. Il est probablement le plus "humain", du moins dans sa dimension affective. Sa rugosité contraste avec le côté par trop "lisse" de ce petit reporter asexué (souvent accusé de racisme primaire, Hergé était-il misogyne ? ;), sain et vertueux, dont il est le pendant trash...

Emynoduesp
19/03/2022 à 10:49

Tiens j ai eu un bug...je recommence...

Je trouve Tintin trop enfantin et n avait vraiment aucun interet pour ce film.
Eh bien je le regrette, j ai pris une severe claque. Mis a part deux passages de course poursuite en mode too much, j ai adore.

Pour la suite, eh bien il n y a apparement plus de nouvelles, et c est bien dommage, le Covid n arrange pas les choses, encore faut il qu il soit responsable, ce coup ci, on ne peut pas tout lui mettre sur le dos non plus :')

Ethan
19/03/2022 à 00:10

@pith
Je t'arrête tout de suite l'homme de Rio c'est de l'inspiration de Tintin.
Le plus bel hommage à Tintin c'est l'homme de Rio. Ce sont les mots de Hergé. Là sur ce tintin on retrouve pas l'esprit Tintin. La scène d'ouverture moi je la trouve vieillotte. Inspiration Indiana Jones peut-être sauf que dans un indiana Jones tu comprends l'intrigue. Là l'intrigue se dilue au profit de l'action. À tel point que si tu demandes à un enfant si l'a aimé il va te dire oui peut-être mais si il a compris le film là c'est différent souvent ils ont décroché : scénario un peu confus si tu veux mon avis.
Spielberg a oublié une chose essentielle que Tintin c'est pas seulement tintin mais Tintin et Milou. Hors là milou ne parle pas

pith
18/03/2022 à 23:57

C’est marrant de dire que ce Tintin de Spielberg est un plagiat d’Indiana Jones. En fait, Indiana Jones est très inspiré de L’homme de Rio qui était lui-même une adaptation non officielle de Tintin selon les propos de Philippe de Broca lui-même. Donc voilà voilà. Tout le monde inspire tout le monde et c’est bien normal !

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