Himizu : Critique

A supprimer | 6 septembre 2011
A supprimer | 6 septembre 2011

Rares sont les films qui provoquent instantanément une onde de choc palpable. Le dernier film de Sono Sion, Himizu, est d’une fureur inclassable, d’une liberté exaltante, d’une noirceur débridée. Malgré ses cinquante ans, le cinéaste japonais fait preuve d’une énergie hallucinante, à chemin entre la Nouvelle Vague et l’anarchisme le plus total, qui rendrait fade le moindre film épileptique de Tony Scott et Baz Luhrman. Cet élan va de pair avec une impression de chaos bruyant et interminable ; une épreuve à passer, et un procédé qui nous transforme à l’usure. Chaque acteur hurle littéralement le désespoir d’un pays isolé dans sa détresse sous les yeux d’une caméra qui ne tient pas en place pendant deux heures d’une violence extrême, qui n’écorchent plus mais atomisent la famille, l’éducation, l’amour, l’innocence.

A l’origine, il y l’adaptation du manga éponyme, succès du nouveau millénaire qui avait déjà marqué un sombre changement dans la carrière de son auteur. A l’écran, Himizu est un objet fascinant, qui a puisé dans la catastrophe nucléaire de Fukushima en plein tournage – le scénario a été modifié en cours de route – pour l’injecter dans le film et lui donner une toute nouvelle vie.

C’est à la fois terrible et magnifique, et Himizu devient la voix inattendue d’une génération désoeuvrée et ternie par une catastrophe qui a changé la face du pays et l’appréhension du futur. D’un pays riche et rigide étouffé par une démographie déclinante et un taux de suicide effrayant, le Japon s’est métamorphosé en zone apocalyptique hantée par un troisième spectre nucléaire, soixante ans après Hiroshima et Nagasaki. Les images de villes détruites par le tsunami et le son des détecteurs radioactifs parcourent le film comme un fantôme, catalyseur de toute l’impasse psychologique du pays.

 

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Sono Sion ne prend aucun détour, poignarde les grands-mères moralisatrices qui veulent s’asseoir dans le bus, poursuit les chanteurs fleur bleue pour ado en mal d’amour et fait dire à une pauvre fille martyrisée par son mari qu’elle a choisi sa condition. Cette désolation sans fin se répand comme un virus parmi les générations, transmise par les parents avec une violence sidérante devant laquelle on ne sait plus s’il faut rire et pleurer. Dans un autre contexte, ces cris seraient puérils ; ici, ils résonnent comme une nécessité. C’est évidemment une continuité dans la filmographie du cinéaste de Suicide Club et Strange Circus, qui s’en prenait déjà à la famille et au politiquement correct. Mais deux ans après Air Doll et sa fable tordue sur la société japonaise, Himizu semble être un point de non-retour. 

 

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