Dark Horse Critique : Dark horse

A supprimer | 5 septembre 2011
A supprimer | 5 septembre 2011

Attention, humanité : Todd Solondz n'a pas dit son dernier mot.

Sur un fond de musique pop, un couple de jeunes mariés se déhanche d’une manière aussi évocatrice qu’absurde, tandis que leurs invités se lancent dans une suite de chorégraphies dignes d’un mauvais clip. La caméra scrute lentement la salle d’un œil qu’on devine sarcastique, jusqu’à venir se poser sur un homme et une femme, figés dans un coin. Il est maladroit et en surpoids, elle est catatonique et à côté de la plaque. Il n’en faut pas plus pour rassurer le cinéphile qui craignait de voir l’iconoclaste Todd Solondz quitter une sphère extrême du cinéma indépendant pour rejoindre son envers plus commercial.

Depuis son premier film confidentiel - Fear, anxiety and depression, sorte de Woody Allen attardé qu’il jouait lui-même – Dark Horse marque la première incursion du cinéaste américain dans le cinéma accessible aux mineurs. Mais il ne faut pas voir dans l’absence de ce qui était jusqu’à maintenant considéré comme l’essence de son cinéma – le viol, la pédophilie, la masturbation et la destruction – une manière d’abdiquer face aux difficultés de financement. 

 

 

Débarrassé des éléments qui portaient immanquablement ses films sur la vague des polémiques diverses et variées, Dark Horse n’en devient que plus limpide. Sans violence, c’est le noyau même de la réalité qui est moisi, et sans aucun repère solide à l’horizon, il n’est même plus question d’échappatoire. C’est certainement ce regard unique posé sur une normalité monstrueuse qui ressort le plus clairement de Dark Horse, seize ans après Bienvenue dans l’âge ingrat et la révélation du cinéaste à Sundance. Cette forme de résignation, constamment contrebalancée par un humour incisif – voir la scène géniale où Selma Blair explique pourquoi elle devrait se marier - rappelle à quel point les personnages de Solondz luttent contre un monde qui ne leur offre plus grand chose d’autre qu’une répétition sans fin d’erreurs et d’échecs. 

 

 

Le plus marquant reste cette impression, plus forte à chaque film, de voir une nouvelle brique se poser. De la même manière que Life during wartime réécrivait Happiness avec les mêmes personnages mais de nouveaux acteurs, Dark Horse s’amuse à répéter, altérer et dévier l’univers du cinéaste. Le plus évident étant la géniale Selma Blair, qui assure un lien ténu avec Storytelling en jouant une extension du même personnage, qui devait à l’origine porter le même nom. L’interconnexion générale offre une cohérence qui s’affine de film en film, et met en lumière la relation père-fils dans une des plus belles scènes jamais écrites par Solondz.

La raison de ce mystérieux Dark Horse, littéralement camouflée derrière l’emballage propret de la maison familiale, renvoie directement à l’hallucinante scène de Happiness où Dylan Baker expliquait à son jeune fils qu’il était pédophile. Derrière ses faux airs de 40 ans toujours puceau version déréglée - même débilité attendrissante de l’adulescent, même obsession de l’enfance et des figurines de super-héros – Dark Horse assure de l’état du cinéma indépendant américain, quelques semaines après The Future de Miranda July.

 

Résumé

Moins percutante, la douce folie perverse de Todd Solondz n'en reste pas moins remarquable et extraordinaire.

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