Contagion : Critique alerte maximum

A supprimer | 3 septembre 2011
A supprimer | 3 septembre 2011

Il suffira d’une vingtaine de minutes et quelques scènes choc pour que Contagion marque définitivement la rétine. Implacable, direct, mécanique, la monstrueuse épidémie s’abat sur le globe, scrutée par la caméra d’un Soderbergh encore une fois en pleine démonstration de sa maîtrise formelle et narrative.

Impossible de ne pas y retrouver le brio de Traffic, à savoir cette énergie calme qui anime une dizaine de personnages éparpillés sur plusieurs continents, et une virtuosité visuelle et musicale palpitante. Soderbergh était certainement le cinéaste hollywoodien le plus apte à métamorphoser un sujet si classique par une approche brute, débarrassée de la plupart des mauvais tics du cinéma mainstream. Contagion va vite et droit au but, et prendrait même un certain plaisir sadique à faire tomber quelques têtes.

Du coup, le retour de bâton n’en est que plus amer. A mi-parcours, le moteur s’essouffle lentement, et cède à des rouages dramatiques qu’il avait pourtant brillamment détournés. Force est de constater que Soderbergh et son scénariste ont brûlé leurs cartes un peu trop vite. Il n’y a rien de bien honteux dans Contagion, sachant que l’équipe réunie – Kate Winslet, Jude Law, Matt Damon, Marion Cotillard, Laurence Fishburne, Gwyneth Paltrow, Elliot Gould, par le scénariste de Jason Bourne –  semble incapable du pire, et que même dans ses mauvais moments, le film dépasse aisément la majeure partie des blockbusters. Le problème vient au contraire de la mise en route d’une noirceur imprenable qui, par ricochet, donne une teinte excessivement fade à la suite des évènements. 

 

 

 

Car encore une fois, derrière cette entreprise, il est difficile de saisir les enjeux qui mènent l’un des cinéastes américains les plus éclectiques. La contamination dont il est question n’est pas plus virale que symbolique, multipliant les crises de paranoïa à coups de statistiques terrorisantes et de contacts déshumanisés par la machine. La richesse thématique est passionnante, et pourtant, Soderbergh laisse cette même impression de dilettantisme que tous ses films réalisés depuis une dizaine d’années. En plus de prendre le pas sur la narration dans la deuxième moitié du film, cette distance étrangement flagrante assomme la moitié du casting, amorphe. Le segment porté par Marion Cotillard est ainsi clairement sous-explicité, malgré des enjeux intrigants.

Contagion rappelle à bien des égards Blindness, le film fascinant de Fernando Meirelles sur une épidémie de cécité spontanée qui frappe la planète. Ils partagent ce même pessimisme mortifère, cette même vision apocalyptique d’un paysage urbain ravagé par la lente disparition de la civilisation. Mais là où Meirelles parvenait à esquisser une forme de poésie crépusculaire, Soderbergh échoue à évoquer autre chose que la triste mécanique qui anime le monde moderne, et son propre film.

 

Résumé

Un film quasi-schizophrène, qui résume à lui-seul la curieuse place qu’occupe Soderbergh dans le cinéma américain

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Blue Star
28/11/2021 à 16:41

"Un film quasi-schizophrène, qui résume à lui-seul la curieuse place qu’occupe Soderbergh dans le cinéma américain."

Revu en VO cette après-midi, et franchement on ne peut pas parler, comme le suggère la critique de 2011, de film quasi-schizophrène, mais bien de film prémonitoire, puisque la souche virale provient de Chine, tout comme pour le covid-19.
Il est curieux de constater que les différentes approches médicales et sociétales développées dans le récit, par Soderbergh, sont quasi-similaires à ce que nous vivons ou subissons aujourd'hui. Un film pandémique prémonitoire à voir au plus vite, car tout y est. et ça fait vraiment froid dans les bronches ! : (

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