Critique : Un été brûlant

A supprimer | 3 septembre 2011
A supprimer | 3 septembre 2011

Qu’y a t-il de brûlant dans l’été de Philippe Garrel ? A vrai dire, peu de choses, voir rien du tout. Certainement pas l’attendue Monica Bellucci, pourtant nue dès le deuxième plan du film, mais tristement mise en valeur par la suite. Pour le reste, le cinéaste filme une valse de couples, d’aventures et de regards aussi désenchantés que pesants, exploitant à outrance la longueur des plans et la trivialité du quotidien de petits bourgeois blasés qui dissertent sur l’amour et la jalousie.

La première réaction viscérale provoquée par Un été brûlant relève de la violence. Un désir d’autopsier, cisailler, laminer, exterminer un cinéma passif-agressif qui titube, entité vide et factice dénuée de chair. Non seulement cette réaction est trop évidente pour y succomber pleinement, mais elle n’est simplement pas en phase avec le film, ponctué de petits rires surgis dans l’obscurité de la salle de projection. Loin de l’enthousiasme hystérique qui animait la projection du Carnage de Polanski, ces rires n’étaient finalement pas plus une moquerie cruelle qu’une réponse à la perplexité provoquée par le cinéma de Philippe Garrel et, disons-le simplement, sa manière de diriger Monica Bellucci, d’ordinaire beaucoup moins ridicule. 

Visiblement friand de ce genre de polémique « pétard mouillé », Philippe Garrel explique la réaction négative des critiques par la nature même de son art « anti-conformiste ». Il n’a pas tort lorsqu’il rappelle que des monuments du septième art ont été violemment rejetés lors de leur présentation, victimes dans un premier temps d’une modernité un brin agressive. Mais qualifier Un été brûlant de film contestataire et novateur relève d’un humour grinçant. Ferait-il allusion à cette courte et improbable scène où, marchant dans la nuit parisienne, un personnage lâche un « Salaud de Sarko ! » en assistant à l’arrestation d’une bande de jeunes ? A moins qu’il ne faille s’intéresser de plus près aux divagations anarchistes extrémistes de Jérôme Robart – raccourcies par « Tu fais la Révolution, ou t’es un fasco bobo» – presque aussi profondes que leurs penchants romantiques – « En amour, c’est chacun pour soi ». Difficile de saisir l’élan artistique qui habite le réalisateur, et qui a convaincu les acteurs d’errer dans ces suites de décors banalement tristounets. Tout semble inanimé, figé, mort. Il est affaire de sexe et d’amour, d’adultère et de mensonges, de liberté et de mort, et pourtant, la sensation amère d’un film glacial, qui amoindrit les corps et assèche les fantasmes. Difficile de trouver une raison de lutter face à un objet si difficile et aride.

Lors de sa conférence de presse, Philippe Garrel répondait calmement que les critiques qui n’aimaient pas Un été brûlant étaient ceux là même qui rejetaient à l’époque Godard. Cher Monsieur Garrel, détrompez-vous : on peut être absolument fasciné par les déambulations de Monica Vitti et l’escapade de Belmondo et Anna Karina hors-Paris, tout en restant de marbre devant votre été à peine moite.

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