Captain America : The First Avenger - critique super-héroïque

Simon Riaux | 11 novembre 2018 - MAJ : 09/12/2019 12:17
Simon Riaux | 11 novembre 2018 - MAJ : 09/12/2019 12:17

À bien des égards, Captain America est peut-être le super-héros le plus difficilement transposable au cinéma. Son simple nom peut irriter (essayez donc de le prononcer pendant un meeting altermondialiste), alors que les États-Unis sont largement perçus comme une puissance impérialiste et dominatrice, et ne parlons pas de son apparence, qui en fait littéralement un drapeau américain de chair et de sang. Le risque de prêter le flanc aux attaques les plus mesquines était tel que le film fut renommé The First Avenger dans plusieurs pays, et vit sa sortie menacée en Chine. La liste des écueils dressés face à un tel projet pourrait être encore longue, et ne pourra à posteriori qu'accentuer encore la très belle réussite qu'est Captain America : First Avenger de Joe Johnston.

CAPTAIN CINEMA

Le réalisateur ne baisse jamais les bras devant son personnage, totem musculeux et à priori inabordable, et s'attache à lui donner une véritable trajectoire, héroïque et dramatique, beaucoup moins lisse qu'il n'y paraît. Steve Rogers (Chris Evans), d'abord freluquet au patriotisme hystérique, se verra choisi pour un courage presque inquiétant, à la limite de l'intégrisme. S'en suivra une transformation physique spectaculaire, qui fera de lui non pas le super soldat rêvé, mais un monstre de foire, un emblème grotesque et encombrant.

Cette étape de sa trajectoire est illustrée lors d'une séquence qui sous les atours de la dérision, se révèle l'une des plus brillantes et riches qu'ait jamais mise en boîte Joe Johnston. Ce n'est qu'après avoir été humilié puis relégué au rang d'attraction de propagande que Steve pourra devenir un combattant, puis un héros. Statut qu'il ne pourra atteindre que par le sacrifice, ce dernier étant d'autant plus terrible qu'il aura alors bien plus à perdre qu'une vie ratée d'avorton belligérant.

 

Photo Chris EvansCaptain America

 

BEST AVENGER ?

 

Pour incarner cet homme au destin classique, mais puissamment fédérateur, Chris Evans est parfait. Tantôt touchant, borné, fragile, drôle et combatif, il compose un héros dont la superbe rappelle un certain âge d'or Hollywoodien. Mais il n'est pas seul, l'ensemble du casting est au diapason, de Tommy Lee Jones en passant par Hayley AtwellHugo Weaving glace le sang d'implacable cruauté, aidé par un maquillage superbe et une mise en scène qui s'attache autant à lui qu'au Captain du titre. Il suffit d'un plan de Red Skull s'adressant à un sous-fifre en contrejour, sous les yeux terrifiés du malheureux chargé de réaliser son portrait, pour qu'un délicieux frisson nous envahisse.

 

 

Photo Chris Evans, Hayley AtwellChris Evans et Hayley Atwell

 

On regrettera toutefois que les scènes d'action, globalement réussies, n'emportent pas autant notre adhésion. Si elles ne manquent ni de variété, ni d'images iconiques, elles convoquent un peu trop souvent des modèles qu'elles ne parviennent pas à égaler. Ainsi, l'on croit le temps d'une poignée de plans que Joe Johnston va se confronter à la mythique poursuite à moto de Indiana Jones et la dernière croisade, mais il expédie la chose en deux coups de cuillère à pot, comme s'il craignait de ne pouvoir relever le défi. La même frustration se fait sentir lors d'une attaque ferroviaire, aussi classe que brève, qui laisse immanquablement le spectateur sur sa faim.

 

 

Photo Hugo WeavingRed Skull

 

Pour autant, ce (léger) déficit de testostérone ne doit pas vous arrêter. À bien des égards, Captain America : The First Avenger est l'un des meilleurs films de super héros qui soient. Il constitue même, avec son contemporain X-Men : Le Commencement, un passionnant contrepoint au Dark Knight de Christopher Nolan. Il contribue à un réenchantement de l'Histoire, une relecture du XXème siècle mythologique et fantasmée. Cette redécouverte d'un passé in fine bien plus mystérieux qu'un présent qui ne tolérerait qu'un naturalisme glacial, aux relents de désespoir, émeut profondément.

 

 

Affiche

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Résumé

Une vraie belle réussite, emballée avec soin et intelligence par Joe Johnston, et portée par un excellent Chris Evans.

Autre avis Geoffrey Crété
Entre le savoir-faire old school du film d'aventure et le vent de modernité du super-héros, un film solide, qui plaçait l'une des premières et plus belles pierres du MCU.

commentaires

Flo
13/03/2020 à 14:15

On peut le dire sans ambages, Steve Rogers représente l’esprit Old School des serials des années 20/30 qui pullulaient à l’écran, la radios ou les Pulps.
Un héros qui sait d’instinct prendre les bonnes décisions comme dans un bon vieux western, et qu’on a envie de suivre partout en tout confiance, nous les spectateurs/lecteurs et eux, les soldats/autres super héros (à rapprocher de Superman par exemple, costume bariolé en sus et leadership en plus).
Le bon petit gars de Brooklyn est raccord avec le style et la personnalités de feus Joe Simon et surtout Jack Kirby (auteur très mis en avant au cinéma l’année 2011 avec Thor et les X-Men).

Du point de vue de l’action, c’est vrai que ça a l’air bien désuet mais si on voit le film en se disant que tout est justifié par l’époque et le style, ça passe de la même manière que pour "John Carter", ce que personne n’a précisé à sa sortie et entériné encore plus son échec.
Citons pour les personnages secondaires le jeu régulier sur la « mort » de Bucky (« il est mort au front, non il va y passer sur la passerelle, à mois que sur l’aile volante vu dans les news, ah! non c’est sur le train! ») qui a longtemps eu cours dans les comics depuis le retour de Steve en 1963, représentant sa plus grande culpabilité et augurant d’un retournement formidable et j’espère obligé dans une suite vu le traitement que lui a fait subir Ed Brubacker.
Les autres acteurs sont au diapason de l’ambiance, guère sans plus, et on regrette un peu le petit manque de grandiloquence de Crâne Rouge, censé être l’ennemi de tout (et aussi la coloration noire-cuir nazi des tenues de l’Hydra).

Mais c’est vrai que dans la deuxième partie, l’action est plus resserrée sur la destruction des usines du Crâne pour permettre d’arriver plus vite au climax de fin. Sachant qu’il y a nombre de flashbacks dans les comics sur les missions secrètes de Steve et ses amis (et les Envahisseurs? vu qu’au début du film on aperçoit un certain Jim Hammond), il faudra en core attendre la suite pour avoir un histoire complète, ce qui est un peu la norme des blockbusters de notre époque, obligés de fidéliser le public pour espérer le voir revenir, comme dans les séries TV (ou les sérials etc…).

Pour finir, ce qui vient appuyer tout ce que déroule le film c’est incontestablement la scène finale qui nous révèle que Steve Rogers est au bout du compte un homme qui n’est à sa place nul part.
Enfant de la Grande Dépression, rejeté par l’armée, pantin malgré lui des politiques, et au finish homme hors du temps. Si vous cherchiez le côté tragique et humain du personnage, c’est là qu’il faut regarder.
Et comprendre son destin.

-Conseil cinéma pour mieux apprécier le film: Les vieux sérials de Républic et leur meilleurs descendants tels "Les Aventuriers de l’Arche Perdue", "Rocketeer", "La Momie" de Stephen Sommers…
-Conseil comics: ceux des années 40 et 60, et les épisodes flashbacks écrits par Ed Brubacker.

Marc
12/11/2019 à 22:58

Le rachat de Marvel par Disney date de 2009, soit 2 avant Captain America first avengers

yoyo
12/11/2019 à 18:46

Il est sympathique,revu hier et franchement sa ce laisse regarder, mais petite précision les films Marvel n’étaient pas encore chez Disney, donc ce n'est pas grâce a eux.

HA
12/11/2019 à 13:56

Hayley Atwell était super dans le film, elle a explosé l'écran alors qu'elle n'était que second rôle, par contre sa série était vraiment nulle, scénario n'importe nawak, elle a rang de super agent pendant la guerre et une fois l'après guerre retour du machisme, elle est superprotégée... lol
Puis les dialogues étaient vraiment écris pour des enfants de 3 ans ... Il n'y a que ce film à retenir dans cette trame d'univers, c'est dommage pour Hayley Atwell.

Jean-Michel Jarre Jarre
12/11/2019 à 11:32

Un des meilleurs Marvel... et un de leur plus gros échec commercial. Seul Hulk a fait « « pire ». Comme quoi... Quelques mois avant Avengers, ça aurait pu faire paniquer du monde.

Certains auraient dû méditer là-dessus...

Opale
12/11/2019 à 07:49

Revu hier avec toujours le même plaisir. Dommage que Disney ait perdu la recette en route...

Flash
11/11/2019 à 22:18

un des tous meilleurs films marvel, un vrai plaisir à l'ancienne.

Marc
11/11/2019 à 22:12

Scorsese like this

Marvelleux
11/11/2019 à 21:22

Tout simplement le meilleur solo de la phase 1 sous marvel sutidos, avec un contexte historique, un vrai méchant, des enjeux véritables impatctant le reste du mcu. Par le ctéateur de Rocketeer.

MadMcLane
25/02/2019 à 17:26

Je vous rejoints, la série des captain, surtout le 2, est la meilleure de Marvel. Depuis ça tourne quand même bien en rond...

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