Super 8 : Critique monstrueuse

Vincent Julé | 17 juin 2011 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Vincent Julé | 17 juin 2011 - MAJ : 09/03/2021 15:58

L'arrivée du train en gare de Super 8, c'est la nouvelle Arrivée d'un train en gare de La Ciotat. Sauf qu'au lieu de ralentir et de s'arrêter, il déraille et explose. A l'époque, le public était terrifié et quittait la salle, alors qu'aujourd'hui, il est impressionné et agrippe son siège. Mais l'effet est le même, et au milieu des wagons éventrés et des tôles froissées, nos petits apprentis frères Lumière deviennent les acteurs, les héros de leur propre film. Ce mystérieux convoi opère sur eux de la même manière que le ticket magique sur Danny dans Last Action Hero.

Le jeune Joe et sa bande de Goonies ou d'Explorers ne sont d'ailleurs plus de simples spectateurs, ce sont des fans, des passionnés et déjà des artistes/artisans. Ils peignent des maquettes, les font sauter à coups de feux d'artifice et filment le tout avec une Super 8. Mais la « présence » de la caméra n'est jamais un gimmick, propice à la mise en abyme, à la distanciation ou au second degré. Elle est cet « autre regard » (citation issue du film) que peut porter un enfant ou un cinéaste sur les choses, sur la vie. Ainsi, alors qu'elle s'invite jusque dans le titre, la fameuse Super 8 se fait rare pendant 112 minutes, mais intervient toujours pour rappeler la puissance du cinéma, et surtout du rapport que l'on entretient avec lui. Cela peut être aussi bien la naissance d'une actrice que d'un amour, la découverte de ce qui n'est plus de ce monde que de ce qui n'est pas de ce monde.

 

photo, Elle Fanning, Ryan Lee

 

Le regard et la croyance sont au cœur du film de J.J. Abrams, et ce n'est pas pour rien que certains y voient avant tout une production Amblin (ce qu'il est) et une réminiscence des années 80 (ce qu'il n'est pas). Même s'il s'agit d'un hommage, difficile de prétendre le contraire, le réalisateur continue ce qu'il a commencé avec Mission : Impossible III, Star Trek et même Cloverfield : il adapte, il détourne, il donne un nouveau sens. Du geek à lunettes au gros plein de soupe, des relations père-fils aux non-dits sociaux, du projet militaire top secret au monstre, créature, force ou quoi ce soit... le spectateur les a déjà vus, mais pas comme ça, pas avec cette excitation faite de détails infimes, de plans furtifs et de personnages évidents qui rappelle, sans jamais l'atteindre, l'émotion toute pixarienne.

 

Affiche française

 

Résumé

Et lorsqu'il desserre son col blanc et libère sa mise en scène, J.J. Abrams réussit des scènes d'une puissance symbolique et jubilatoire que l'on croyait réservée à un Steven Spielberg ou un Joe Dante. A l'instar de cette résidence pavillonnaire transformée en champ de bataille où bientôt, en arrière-plan, un char traverse une aire de jeux pour enfants.

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