Critique : Monsieur Papa

Simon Riaux | 31 mai 2011
Simon Riaux | 31 mai 2011
On doit sacrément s'ennuyer quand on est acteur en France, on doit même manquer un peu de reconnaissance. En effet la comédie n'est plus aujourd'hui qu'un trépied dans la marche de chacun vers l'Art. Chanteurs, réalisateurs, producteurs, on ne sait trop si nos comédiens sont pris de lubie ou ont été victime d'un mauvais conseiller d'orientation, mais une chose est sûre, ils s'empressent tous de changer de voie. Quand on découvre l'échec de Kad Merad (comme beaucoup d'autres avant lui) on se dit que la voie en question n'est pas pavée d'or, mais mènerait plutôt au garage.

Monsieur Papa est, jusque dans son titre, sorte de gimmick guimauve, un piège à auteur comme spectateurs. À l'époque du sentimentalisme niaiseux et de l'émotion reine, cette histoire de femme d'affaire débordée, inventant à son fils un papa qu'il cherche en vain, a tout du conte post-moderne, fable douce-amère sur la famille décomposée et les affres d'un monde chaque jour moins humain. Merad développe une histoire dont on se demande comment elle a pu le séduire, tant elle enchaîne les clichés, stéréotypes et autres lieux communs avec une précision quasi-mathématique. On a le sentiment d'avoir vu ce film tellement de fois, que l'on s'en désintéresse totalement. Les problèmes s'accumulent, et ce jusqu'au dénouement, invraisemblable, qui paraît n'avoir été pensé que pour offrir à Kad l'occasion de serrer dans ses bras un enfant face à la mer.

On a visiblement oublié d'en avertir nombre de comédiens passés derrière la caméra, mais il ne suffit pas de poser cette dernière et d'attendre la fin de la scène pour faire du cinéma. Point de scénographie ici, tout y est froid, distancié, sans couleurs, et évoque in fine une sorte d'hommage géant à Joséphine Ange gardien. Alors qu'il ne devient jamais metteur en scène, Kad Merad ne parvient pas non plus à jouer, peut-être embarrassé de sa double casquette, il  est rigide, sans ampleur (avouons qu'il n'est pas aidé par un personnage et un scénario absurdes). Il ne parvient pas non plus à diriger ses camarades. Michèle Laroque, qui semble avoir définitivement cristallisée l'image de la blonde entrepreneuriale, se caricature comme elle peut, tandis que Vincent Perrez s'entraîne à faire les gros yeux.

Alors que Eskwad était en pointe d'un cinéma de genre français autre, et exigeant (Irréversible, Martyrs), la société a semble-t-il, avec Safari, L'Italien et désormais Monsieur Papa, pris la voie de la comédie conçue pour le prime-time du réseau hertzien. Un changement d'orientation dû aux innombrables difficultés que rencontrent ceux qui ont le malheur de produire autre chose que de l'abrutissement de masse, qui laisse aussi songeur qu'amer. Le mot de la fin à Kad Merad, qui dans le dossier de presse, se voit demander s'il avait très envie de passer à la réalisation. « Pas spécialement, » répond-il. Ceci explique cela.

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