Critique : Tatsumi

Créé : 21 mai 2011 - Simon Riaux
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Nous ne vous ferons pas l'affront de résumer trop brièvement le parcours de Yoshihiro Tatsumi, légende vivante du manga, qu'il a transformé jusqu'à en faire le média adulte que nous connaissons aujourd'hui. Le rédacteur de cette critique n'étant lui-même pas un grand connaisseur en ce domaine, pas question de singer une érudition qu'il n'a pas, intéressons-nous au film de Éric Khoo.

Tatsumi est un hommage animé, qui traite à part égale de la vie du célèbre auteur et de son oeuvre. Comprenez par là que le film alterne des saynètes nous révélant le cheminement artistique de Tatsumi et des adaptations de ses mangas, le tout entremêlé chronologiquement. On est séduit d'emblée par la démarche éminemment humble du réalisateur, qui prend soin de toujours s'effacer derrière son sujet, sans pour autant se transformer en carpette. L'ensemble est toujours accessible au novice, et n'oublie pas de souligner les liens entre l'histoire et l'Histoire.

En parlant d'Histoire, c'est cette dernière qui offre ses plus beaux passages au film. L'évocation d'Hiroshima, le constat amer d'une reprise économique à deux vitesses, ou encore les relations interraciales au lendemain de la seconde guerre mondiale, génèrent autant de sketch inventifs, et souvent poignants. Le mérite d'Éric Khoo est là, celui de réaliser un film traversé de surprenants pics d'intensité, qui nous donnent à chaque fois envie de (re)découvrir Tatsumi.

Cependant, les maladresses ne manquent pas, et empêchent le long-métrage d'atteindre sa cible au coeur. En négligeant les transitions entre biographie et fiction, l'ensemble gagne en cohérence immédiate, mais nous perd sur la longueur. Si le concept qui vise à nous démontrer que la vie et le travail du mangaka forment un tout cohérent est respectable, son application se révèle peu efficiente, pire, finit par installer un regrettable mélange de confusion et de lassitude. Lassitude occasionnée également par la quasi-uniformité des styles. Tout au plus note-t-on une teinte légèrement plus prononcée d'une saynète à l'autre, un trait moins appuyé, ou une charte graphique variant discrètement. Souci de cohérence encore une fois, sentiment d'uniformité à l'arrivée.

On ne saurait trop vous conseiller Tatsumi, en cela qu'il est une ouverture sur une culture certes connue en France, mais que la majorité (dont le rédacteur de cet article) n'envisage qu'à travers un bout de la lorgnette. Quoi qu'il en soit, Éric Khoo a l'indiscutable mérite d'enrichir nos connaissances avec finesse et pédagogie, en inventant une forme inédite, qui ne choisit jamais entre narration et documentaire. Une tentative qui paie le prix de la maladresse, sans jamais démériter.

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