Critique : La Piel que habito

Stéphane Argentin | 19 mai 2011
Stéphane Argentin | 19 mai 2011

En 2009, Pedro Almodóvar avait semble-t-il entamé un virage dans sa carrière avec Étreintes brisées, long-métrage hitchcockien plus accessible au grand public. Deux ans plus tard, le cinéaste ibérique est de retour avec La Piel que Habito (La Peau que j'habite en français) qui confirme cette double tendance en même temps qu'un retour aux sources.

Avec cette histoire de femme séquestrée par un chirurgien qui tente de lui redonner forme humaine suite à un grave accident de voiture, on pense bien sûr aussitôt au Yeux sans visage de Georges Franju mais bien vite, alors que l'intrigue se dévoile peu à peu, ce sont bien les thèmes pivots du cinéma d'Almodovar qui refont surface. À commencer par les relations mères-fils ou encore l'androgynie, sans compter que cette histoire de séquestration de l'être aimée ne sera pas sans rappeler celle de Attache-moi ! En matière d'amour vache, Pedro a d'ailleurs refait appel à Antonio Banderas avec qui il n'avait plus travaillé depuis.

Avec de telles résurgences thématiques et scénaristiques des œuvres précédentes d'Almodóvar, ce n'est pas un hasard de retrouver Marisa Paredes (Tout sur ma mère) au casting tandis que la sensuelle Elena Anaya (aperçu dernièrement dans l'excellent À bout portant de Fred Cavayé) referme le trio de cette relation mère - fils - femme. Avec une unité de lieu (la demeure du chirurgien interprété par Banderas) et de temps (l'action se déroule de 2006 à 2012) donnée, Almodóvar confirme également son penchant vers le cinéma hitchcockien entamé avec Étreintes brisées et superbement illustré (des mouvements de caméra toujours aussi léchés) et instrumentalisé par José Luis Alcaine à la photographie et Alberto Iglesias à la partition. Soit là encore deux compagnons de longue date du cinéaste qui n'en oublie par pour autant d'injecter la sexualité / sensualité (une ou deux scènes bien torrides) et l'humour omniprésents dans sa filmo (parfois même les deux en même temps : cf. la séquence des godemichés).

Avec La Piel que Habito, Pedro Almodóvar semble donc appliquer l'adage « c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes ». À la découverte de la délicieuse plastique de l'objet final taillé au millimètre, on ne pourra qu'attendre avec impatience la suite des opérations. Rendez-vous est donc pris pour dans deux ans avec ce maestro du scalpel cinématographique espagnol.

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