We need to talk about Kevin : critique presque dans le mille

Simon Riaux | 2 décembre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 2 décembre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Le tueur de masses adolescent est devenu une figure de l'horreur américaine à part entière depuis le fabuleux Elephant de Gus Van Sant, qui lui a par ailleurs rapporté une Palme d'Or. We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay aborde à son tour frontalement le sujet, et autant dire qu'elle ne le fait pas sans talent.

POURQUOI FAIRE COMPLIQUÉ...

Cependant, ce talent manque peut-être un tout petit peu de distillation. Si la technique du montage alterné (éclaté ?) utilisée par Lynne Ramsay offre aux spectateurs quelques belles trouvailles et transitions, il faut bien admettre que le dispositif peine à s'installer, et ne parvient pas toujours à maintenir la fluidité d'un récit complexe et étalé sur presque une vingtaine d'années. Un handicap alourdi par le segment chronologiquement le plus avancé du récit, situé après le drame ; fil rouge de l'ensemble, s'il regorge de symboles souvent pertinents, ces derniers ne viennent que souligner (et donc alourdir) une narration déjà très dense.

 

photo, We need to talk about Kevin, Tilda SwintonTilda Swinton et John C. Reilly

 

BULLSEYE

 

Cette construction alambiquée est d'autant plus regrettable que la mise en scène est maîtrisée, d'une précision redoutable. Lynne Ramsay compose des plans tour à tour glaçants puis charnels, alternant avec une certaine science du montage inserts étouffants ou plans très construits. À la limite du maniérisme, l'ensemble n'y sombre toutefois pas grâce à une écriture et une distribution d'une grande intelligence.

 

 

photo, We need to talk about KevinEzra Miller, terrifiant

 

 

L'impact de l'histoire est décuplé par l'étude de caractères, précise et glaçante. Commençant comme la chronique d'une mère indigne, dont la subjectivité envahit l'écran pour nous révéler son fantasme d'un bambin diabolique (lequel a en réalité pour seul tort d'être venu au monde), le long-métrage bascule petit à petit dans une horreur toute autre, celle d'un enfant réalisant qu'il n'est pas là pour être aimé, et bien décidé à le faire payer, quand bien même sa génitrice entame une tentative de rédemption trop tardive. Cette finesse du propos est transcendée par le travail impressionnant des comédiens, Tilda Swinton en tête. Ils parviennent en quelques fractions de seconde à nous transmettre l'effroi, la colère, l'incompréhension qui les bouleversent et feront exploser leur cellule familiale.

 

 

Résumé

We need to talk about Kevin a beau souffrir d'un montage alterné qui tient de la posture un peu facile, il lève l'air de rien une véritable question, jamais posée, mais qui traverse tout le film. Et si l'horreur véritable était celle qui consiste à considérer l'enfant comme un indépassable objet de désir, que ses « propriétaires » sont libres de rejeter, quitte à engendrer un monstre ?

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