Critique : HH, Hitler à Hollywood

Simon Riaux | 2 mai 2011
Simon Riaux | 2 mai 2011
Second documenteur à sortir sur nos écrans en deux semaines, HH, Hitler à Hollywood, se veut une oeuvre à la fois profonde, originale, drôle et ambitieuse. Force est de constater que son synopsis est à l'avenant : Maria de Medeiros, en pleine réalisation d'un documentaire sur Micheline Presle, déterre un lièvre aussi fabuleux qu'inattendu. L'existence et la carrière passés sous silence d'Aramchek, cinéaste méconnu qui entendait révéler une des plus grandes escroqueries du XXème siècle, à savoir la sape consciencieuse des cinémas européens par l'Amérique, désireuse de conquérir les esprits par la culture, au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Si l'on est d'abord circonspect devant la capacité de Frédéric Sojcher à tenir un récit aussi dense et multiple, il apparaît bien vite que l'artiste en a sous le capot, et sait tenir les rênes de son scénario. Les séquences de découverte, puis d'investigation, ou de comédie s'enchaînent intelligemment. Le long-métrage vaudrait presque uniquement pour sa séquence cannoise, qui marie habilement les tons et thématiques brassés tout le long du film, l'ensemble culminant lors d'un dialogue hilarant avec un Edouard Baer complotiste et inquiétant. Les autres apparitions, de Tonie Marshall à Frederic Taddeï, sont aussi nombreuses que pertinentes, et l'on se réjouit de voir le cinéma français rire de tout et (pour une fois) de lui-même.

Hélas, Sojcher est scénariste, maître de conférence et écrivain bien avant d'être cinéaste. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela se sent. Visiblement soucieux de démarquer visuellement son film du documentaire lambda, le metteur en scène a choisi, lors de l'étalonnage numérique, d'en gommer quasiment toute la palette de couleurs pour n'en conserver qu'un halo autour de Maria de Medeiros et de quelques personnages. Au-delà de l'évidente laideur du procédé (sorte de Sin City version France 5) le cinéaste nous interdit immédiatement de croire dans son travail, lui soutirant toute illusion de réalité. La pauvre Maria de Medeiros paraît du coup bien perdue dans ce dispositif. Elle ne sait plus si elle doit jouer ou elle aussi se muer en marionnette décolorée, ce qu'elle tend à faire sur la fin du film. On en vient à se demander pourquoi une oeuvre possédant de telles qualités d'écriture n'a pas été confiée à un technicien bien conscient des genres qu'il convoque et transgresse.

Dans son précédent film, Cinéastes à tout prix, Frédéric Sojcher s'intéressait brillamment au parcours de trois autodidactes, bien décidés à faire du cinéma avec leur modestes moyens. En s'attaquant ici à la fiction, il prouve de la plus frustrante des manières que les meilleures idées du monde ne font pas une mise en scène, et que l'on peut filmer avec une volonté qui confine à la noblesse, sans pour autant parvenir à faire du cinéma.

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