Critique : Je veux seulement que vous m'aimiez

Francis Moury | 10 avril 2011
Francis Moury | 10 avril 2011

Inédit en France depuis sa réalisation, récemment restauré par les Allemands, Je veux seulement que vous m'aimiez est adapté d'un fait divers réel. Ce portrait au fil de l'eau d'un névrosé, finissant par devenir criminel, est d'une ironie noire, acérée. Structure narrative sophistiquée, dévoilant progressivement par le dialogue l'histoire reconstituée « de l'intérieur » et en même temps « objectivement ». Sans doute tourné en 16mm standard 1.37 puis gonflé en 35mm, adapté à une esthétique télévisuelle privilégiant le gros-plan, Je veux seulement que vous m'aimiez, en dépit de cette genèse économique, recèle certains des plus beaux plans jamais filmés par R.W. Fassbinder, et photographiés par Michael Ballhaus, notamment ceux du métro, matérialisant la rupture définitive avec l'ordre névrotique laborieusement construit... en vain.

Sur le travail de l'espace et le rôle déterminant du décor dans Je veux seulement que vous m'aimiez, ou du lieu naturel investi par une temporalité rendue obsédante par le montage, on peut lire le recueil Fassbinder par lui-même, éd. G3J, 2010 et notamment cet extrait : « Quand je raconte des histoires de gens où je veux dire d'emblée que ça me rend triste de les voir obligés de vivre de la manière dont ils vivent, il faut bien que je montre ça d'une manière ou d'une autre. Je le fais au moyen des lieux qu'ils se sont aménagés, comme autant d'échappatoires, de lieux où ils peuvent fuir leur existence. Le cinéma est une sorte de transposition sensible d'idées qu'on s'était déjà faites auparavant, et montrer l'étroitesse de l'imagination au moyen de l'étroitesse des lieux, je trouve que c'est vraiment parfaitement logique. »

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