Critique : La Proie

Patrick Antona | 4 avril 2011
Patrick Antona | 4 avril 2011

Moins de deux ans après Une Affaire d'Etat qui l'avait placé dans le peloton de tête des cinéastes d'action hexagonaux (cercle assez restreint il est vrai), Eric Valette nous revient avec un nouveau thriller, plus orienté série B que dénonciation politique. Mais à l'instar de son précédent opus qui évoquait l'Angolagate, c'est une nouvelle fois l'actualité qui sert d'assise pour cette Proie, inspirée par certains ressorts de l'affaire Fourniret, preuve s'il en est que l'on peut faire des films ambitieux en France qui sont en prise avec notre époque. Cette approche, avec son style sec et sans fioriture aidé d'un casting de choix, n'est pas sans rappeler les films d'Yves Boisset des années 70, on a connu filiation moins noble, et qui est de bon augure pour redorer son blason au cinéma de genre français.

Le côté série B est assumé de par le canevas simple du scénario, entre une première partie carcérale violente et stressante et une seconde orientée course-poursuite mouvementée, et ses personnages bien trempés : un anti-héros infatigable, un méchant ambivalent et des flics acharnés.  Eric Valette nous fait coller aux basques de Frank (Albert Dupontel dans ses œuvres en cavaleur infatigable), braqueur mis sous le verrous et dont les malheureuses confidences auprès de son compagnon de cellule, Jean-Louis Morel (excellent Stéphane Debac), vont mettre sa famille en péril.

L'épisode prison de La Proie, avec le mano a mano sanglant avec les brutes de la place, la corrida sur le périphérique jusqu'à la scène de cascade sur le train représentent le meilleur du film, tout comme les séquences avec Caterina Murino (NDR : bien trop courtes !) et la scène d'introduction d'Alice Taglioni. Cette dernière s'offre ainsi un retour en fanfare après un hiatus de trois ans dans sa carrière, réussissant à donner du relief à son rôle inattendu de femme-flic tenace mais sensible , qui est une des bonnes surprises du film.

Mais si il est plutôt efficace niveau péripéties (avec une nette préférence à la poursuite pédestre !) , le scénario s'avère être un peu trop riche en personnages secondaires qui donnent l'impression de parasiter l'intrigue, du fait du peu de développement qui leur est consacré, même si le facteur « crédibilité » est toujours mis en avant. Ces interventions nuisent au rythme du film, faisant perdre quelque peu de vue que c'est l'affrontement à distance entre Dupontel et Debac qui prime. Instaurant cette forme de distance et ce jusqu'au final, Eric Valette réussit à remettre le train sur le rail en montrant le psychopathe enfin sous son vrai visage, redonnant de la chair à une intrigue qui partait un peu dans tous les sens, et en assurant de manière cohérente la conjonction des évènements qui amèneront le climax final, qui lui tient plus du clin d'œil aux standards américains

Même s'il souffre de quelques défauts scénaristiques et d'un tempo moins maitrisé dans certaines séquences, La Proie, de part de sa réalisation généreuse (malgré un budget moyen), de la qualité de ses interprètes principaux et d'une lisibilité à toute épreuve dans ses scènes d'action, représente une seconde tentative réussie de la part d'Eric Valette pour renouer avec un cinéma spectaculaire et populaire, au même titre que Fred Cavayé ou Jean-François Richet. En fin connaisseur de ses classiques et bon analyste de la manière dont le public évolue, gageons qu'il se serve de son expérience sur son premier actioner pour nous pondre un vrai chef d'œuvre pour la prochaine fois.

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