Critique : Tous les chats sont gris

Par Manon Provost
29 mars 2011
MAJ : 29 mai 2024
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Face caméra, regard dur, ferme et exigeant : une figure paternelle (Ville Virtanen) se montre incisive. Le premier plan de Tous les chats sont gris est franc et engageant. Aleksi Salmenpera ne va  pas par quatre chemins. Son film est frontal, mis en scène avec sobriété et efficacité ; ce sont les personnages qui doivent retenir l'attention. Et c'est avec inspiration que les comédiens s'exécutent.

Volontairement, le ton de chacun est froid, distant, épuré, presque vidé de toutes sortes d’émotions. Les phrases tombent comme des couperets. L'arrivée de Tilda (Pihla Viitala), fille de Mikael (Ville Virtanen), née d'un premier mariage raté et sœur de Daniel (Lauri Tilkanen), qu'elle n'avait jamais rencontré, bouleverse l'équilibre mécanisé d'une famille qui a oublié de vivre. Vibrante, alors qu'elle fait face à la mort de sa mère, c'est elle, pourtant, la plus vivante de tous. Réunis autour de la mort, Tilda, Mikael et Daniel commencent ensemble une traversée qui sera viscérale, et qui finira même par les disloquer, tout en leur faisant reprendre vie. Colère, luttes, rires, rébellions, les émotions s'animent grâce au personnage de Tilda, élément perturbateur mais moteur de l'histoire. Entreprenante et imprévisble, elle tracte son frère, jusqu'à lors dépossédé de sa vie par un père dictateur, sur les sentiers de la prise de position. Relation fraternelle ambiguë, « borderline », parfois immorale, violence, mais aussi moment de suspension, toutes les situations sont prétextes à tester l'humain, explorer le lâcher-prise et mettre en relief les liens invisibles et complexes qui unissent et détruisent les membres d’une même famille.

Atypique, déroutant, étrange, parfois pesant par ses silences prolongés, Tous les chats sont gris est une épreuve et une expérience. C'est difficile de se l'approprier, tant le film se ressent parfois comme une forme d'acte subi qui suscite protestations et interrogations. Au final, il suscite des réactions et c’est en cela qu’il tire un intérêt. Car, au-delà du malaise ou de la gêne occasionnés par des choix narratifs et éthiques, parfois déstabilisants, on ne peut que saluer ce regard assuré et la maîtrise d'une mise en scène efficace et tenue. Loin des conventions, Aleksi Salmenpera a la qualité d'éveiller le jugement de chacun, et de nous laisser espérer que le cinéma n'a pas fini de nous dérouter.

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