J'ai rencontré le Diable : critique démoniaque

Jonathan Deladerriere | 10 avril 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Jonathan Deladerriere | 10 avril 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

D'une noirceur abyssale et d'un sadisme pervers, J'ai rencontré le Diable de Kim Jee-Woon fait partie de ces oeuvres qui marquent durablement les rétines des spectateurs, tant par sa violence physique que psychologique. L'auteur de A Bittersweet life et Le Bon, la brute et le cinglé nous offre tout simplement un des meilleurs thrillers asiatiques modernes, quelque part aux alentours de Memories of murder (mais en bien plus poisseux).

DANS L'ABYSSE

Porté par une ambiance malsaine et une photo crasseuse, Kim Jee-woon joue avec le spectateur autant que ses personnages s'enfoncent, pas à pas, dans les abîmes de la psyché humaine. Le metteur en scène prend son temps et pose les pièces de son puzzle avec une extrême précaution.

 

Alternant instants de consternation gênée quant aux psychopathes peuplant la campagne coréenne et une empathie grandissante pour un héros qui n'en est pas un, J'ai rencontré le Diable contraint le spectateur à certains choix moraux, qui devra, au fil du film, choisir s'il vivra l'aventure avec distanciation ou marchant sur les pas du bras vengeur, embrasser le diable ou le maintenir à distance.

 

Choi Min-Sik (oui, c'est lui dans Old Boy)

CE DIABLE DE CHOI MIN-SIK

 

Les comédiens eux, sont parfaits, à commencer par le dantesque Choi Min-sik, terrifiant en tueur implacable et jamais rassasié. Après Old Boy ou Lady Vengeance, le comédien ajoute un nouveau glorieux fait d'arme pierre à sa carrière (malheureusement mal transformée à l'internationale, déso Lucy). Trop glorieux peut-être, tant Lee Byung-hun est eclipsé et ne peut donner la pleine mesure de son talent - alors qu'il n'en manque clairement pas. Dommage, car c'est pourtant bien son personnage, devenu démon parmi les démons, qui est le vecteur du thème principal du film : l'abandon de l'humanité.

 

Mais J'ai rencontré le Diable rattrape largement cet écueil. Cette éprouvante descente aux enfers à le goût de l'effort, ne se contente heureusement pas du minimum syndical vu dans nombre de « vigilante movies » et tente de dépasser son statut de simple film de genre. Envoyant valser les conventions, ce petit bijou de tension illustre son propos par un cadre et une photo de toute beauté.

 

Lee Byung-hun, grand démon avant Red 2 et Terminator Genisys (oui oui)

DE LA CENDRE À LA CENDRE

Toutefois, il faut bien aussi relever une mécanique un peu répétitive et un goût pour l'excès qui tend à confiner au voyeurisme dans certaines scènes. Le film sera d'ailleurs surement taxé de réactionnaire, de complaisance vis à vis du « bourreau ». C'est pourtant dans sa gestion de l'empathie que se situe tout le génie de J'ai rencontré le Diable, qui culmine à ce titre lors d'un climax inoubliable et laisse un goût de cendre au fond de la bouche.

 

photo

 

Résumé

Un film dur, âpre, mais qui ne laissera personne indifférent quant à sa portée philosophique, le souffle court, comme si le diable en personne vous faisait face.

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commentaires
Rico601
12/04/2019 à 21:26

j'ai détesté ce film parce qu'il est clairement surréaliste ! Le tueur qui se fait casser le bras et trancher le tendon d’Achille et qui cavale partout comme si de rien était WTF ! Le mec c'est un putain de robot qui ne ressent pas la douleur !

babra
11/04/2019 à 18:47

Idem pour moi, j'ai trouvé ce film tape à l’œil et répétitif. Si ce film était américain on dirait de lui que c'est un thriller banal. Je préfère de loin Memories of murder.

Weekly
11/04/2019 à 18:27

@Tralala Autant Stridy n'a pas mis les formes, autant je suis (partiellement) d'accord avec lui. J'ai pas trouvé le film irregardable, loin de là, mais pour moi ça reste quand même bien lourdingue au final, et même carrément racoleur dans sa dernière partie (la dernière scène avec le tueur, mon dieu...). La mise en scène fait le taf, mais avec la finesse d'un Panzer qui passerait une porte chez Mimie Mathy. Un peu du mal à comprendre l'engouement que le film a suscité mais bon. Et je dérive un peu mais le "délire" autour des thrillers sud-coréens me dépasse légèrement aussi (bon, je sauve Memories of Murder, faut pas déconner).

beyond
11/04/2019 à 12:50

Y avait pas un remake dans les tuyaux avec Léo ?

Tralala
11/04/2019 à 12:34

La diatribe de Stridy, de par son côté excessif, annihile de fait son propos dont j'espère que personne ne tiendra compte. Bien au contraire, et dans la lignée de The chaser, ce film est un thriller glaçant extrêmement bien exécuté et dérangeant, qui tiendra en haleine le spectateur. A voir, s'il était besoin de le préciser, en VOST, ça va de soi.

Stridy
11/04/2019 à 08:39

Une daube absolue qui enchaine un cahier de charges de scènes choc pour un scénario et une mise en scène bateau. Même Cho Minh Sik n'arrive pas à sauver cet étron.
On est loin, TRES loin d'un The Chaser.

Stivostine
11/04/2019 à 08:11

Chef d'oeuvre aussi, ya un director cut encore plus sanglant

Matt
10/04/2019 à 22:53

Un enchevêtrement de scènes cultes : le 360° de l'intérieur voiture, le passage chez les cannibales, la chansonnette d'amour en montage parallèle avec la première agression, la séquence la serre. La photo, la zique, le montage et bien sûr l'interprétation. Tout est fou dans ce film.

Andarioch
10/04/2019 à 22:32

Très très bon film certes mais le meilleur thriller coréen, pour moi, ça reste the chaser. En tout cas celui qui m'a le plus marqué.

MadMcLane
10/04/2019 à 21:55

Découvert au Nifff il y a quelques années, je suivais le travail de son réalisateur depuis 2 sœurs et pour moi Kim jee-woon est clairement un des meilleurs réalisateur coréen. Certes parfois il pousse le curseur un peu loin mais bordel, c'est pour ce genre de film qu'on (je si vous préférez !) aime le cinéma (de genre si vous préférez !)!

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