Dream home : critique habitée

Simon Riaux | 27 janvier 2011 - MAJ : 29/10/2019 12:23
Simon Riaux | 27 janvier 2011 - MAJ : 29/10/2019 12:23

À première vue, mélanger pur film d'horreur, satire, comédie et drame intimiste relève de la folie furieuse ou d'une profonde schizophrénie. Manier les niveaux de lecture et les registres étant sans doute un des exercices les plus casses-gueules du grand écran, Pang Ho-Cheung a de l'ambition à revendre. Et quand les lumières se rallument dans la salle, il est clair qu'il ne manque pas non plus de talent.

Cheng Lai-Sheung rêve de vivre dans un appartement décent, avec vue sur la mer. Mais les prix de l'immobilier ne cessent de flamber, et malgré ses deux emplois, ses économies ne lui permettent pas d'y prétendre. De déceptions en vexations, la jeune femme va plonger dans une folie meurtrière. Dream home s'ouvre sur une séquence saisissante, un meurtre retors et spectaculaire. Si l'on se demande un instant comment le réalisateur va pouvoir maintenir l'intensité et le rythme de son récit après pareille ouverture, la suite va très vite nous rassurer.

La structure éclatée du film et ses nombreux allers-retours temporels démultiplient rapidement les enjeux du métrage, sans jamais perdre le spectateur. Ho-Cheung réussit à insuffler au film une richesse bienvenue quand le projet aurait pu se muer en banal slasher saupoudré de malaise social. Au lieu de cela, Dream home enchaîne les morceaux de bravoure sanglants, tantôt oppressants, décalés, voire franchement comiques. L'écriture rigoureuse et sensible de l'ensemble permet à l'oeuvre d'être profondément touchante, si bien que la souffrance de l'héroïne nous touche en plein coeur.

 

Tendre l'autre joue

 

La mise en scène n'est pas en reste. Riche et rigoureuse, elle ne fait qu'un avec le scénario, en magnifie les trouvailles sans les surligner. Les cadres, le travail des couleurs sont d'une précision telle que les ruptures de ton se font naturellement. Les scènes les plus intimistes émeuvent tandis que la sauvagerie des massacres (formidablement ludiques et inventifs) impressionne. Conscient de sa position d'équilibriste, le réalisateur n'oublie jamais que Dream Home est aussi une farce macabre, et nous fait hurler de rire entre deux haut-le-coeur.

Le long-métrage est une réussite, à voir de toute urgence, en espérant que la prochaine création de cette trempe connaîtra l'honneur d'une sortie en salles. Si vous cherchez un logement sur Paris, vous y trouverez une marche à suivre moins coûteuse mais plus salissante que la traditionnelle valse des agences.

 

Résumé

Autre avis Mathieu Jaborska
Pas toujours très subtil, Dream home reste une proposition horrifique assez unique. Ultra inventif dès qu'il s'agit de trucider des locataires, le film émet un commentaire finalement assez poussé sur la crise du logement à Hong-Kong, et ce sans jamais oublier de bien éclabousser son spectateur.
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